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  • lundi 27 février 2017

    La bourse-à-pasteur - Capsella bursa-pastoris (L.)


    LA capselle bourse-à-pasteur est une herbacée annuelle de la famille des Brassicacées, très répandue en Europe, qui pousse très rapidement et peut fleurir toute l'année.
    Elle forme d'abord une rosette basale (feuilles étalées en cercle sur le sol), puis une tige dressée et velue pouvant atteindre 50cm, qui portera des grappes de petites fleurs blanches et, enfin, de petits fruits triangulaires et aplatis.
    Certains attribuent l'origine du nom bourse-à-pasteur au fait que les bergers d'autrefois portaient une bourse en forme de cœur plat, semblable à ces fruits. D'autres insistent sur le fait que le fruit (plus précisément, il s'agit d'une silicule) est non seulement plat mais semble vide par ailleurs, comme l'était généralement la bourse d'un pasteur.

    Quant au nom du genre Capsella, il signifie petite boîte en latin, ce qui évoquerait là aussi la silicule contenant les graines.
    C'est d'ailleurs grâce à la forme de ces silicules que l'on peut aisément reconnaître le genre Capsella.

    SAVOUREUSE ET MÉDICINALE

    Toute la plante est comestible, mais ce sont surtout sa rosette et les jeunes feuilles de la tige qui sont intéressantes. Consommées en salade ou comme légumes cuisinés, leur saveur est proche du chou ou du cresson (selon les avis). Les fleurs sont sucrées, tandis que les fruits verts ont un goût de moutarde.
    En Chine et en Corée du Sud, la plante est cultivée comme légume. Au Japon, elle fait partie des sept plantes sauvages consommées traditionnellement lors d'une fête ancienne appelée nanakusa no sekku (fête des sept herbes).


    À gauche : rosette de Capsella bursa-pastoris
    À droite : feuille de la tige, fleurs et fruit.

    Par le passé, en Europe et sur tout le pourtour méditerranéen, C. bursa-pastoris a plutôt été reconnue pour ses qualités condimentaires (racine et graines) et surtout pour ses vertus hémostatiques (fait cesser les saignements). En effet, la hampe florale contient des substances astringentes (tanins) et antihémorragiques (vitamine K), efficaces pour soigner les coupures, traiter l'hypertension, l'hémophilie, les règles abondantes, la mauvaise circulation sanguine, les hémorroïdes, les varices, la diarrhée... en infusion ou en cataplasme. Pour ces mêmes raisons elle est fortement déconseillée aux femmes enceintes (propriétés abortives), aux personnes traitées contre l'hypertension, ayant des problèmes cardiaques ou thyroïdiens.
    Mais la bourse-à-pasteur contient d'autres substances intéressantes, notamment de la vitamine C, du potassium, du calcium et des flavonoïdes (antioxydants).

    Selon la théorie des signatures (très répandue en Europe jusqu'au XVIIIe siècle) qui déduit les propriétés médicinales d'une plante en observant sa forme, les fruits en forme de cœur de la bourse-à-pasteur pris en tisane auraient la vertu de soigner les chagrins d'amour !
    Nous ne vous souhaitons pas d'avoir à tester la chose mais, au cas où, c'est une petite poignée de fruits frais à infuser dans un demi-litre d'eau, et à boire pendant 8 jours...


    CONFUSIONS

    Il est vraiment intéressant de reconnaître C. bursa-pastoris en hiver car, comme bon nombre de salades sauvages, c'est au stade de rosette qu'elles sont le plus tendres et agréables en goût. Pour cela, un brin d'entraînement sera nécessaire ; en effet, on peut aisément confondre cette rosette avec celle du coquelicot. Au demeurant ce n'est pas bien grave, cette dernière étant tout aussi savoureuse...

    Silicule de la bourse-à-pasteur
    En période de floraison, une confusion est possible avec les tabourets du genre Thlaspi et avec la passerage des champs. Mais la forme des fruits est bien différente (voir photos).
    Plus rare, mais tout de même présente en France, l'espèce Capsella rubella appelée bourse-à-pasteur rougeâtre est reconnais­sable à ses fleurs teintées de rouge et un peu plus petites.


    Silicule Thlaspi arvense
    (tabouret des champs)

    Silicule de Lepidium campestre
    (passerage des champs)

    Inflorescence de Capsella rubella
    (bourse-à-pasteur rougeâtre)


    UNE COMPAGNE AU JARDIN

    Les graines de la bourse-à-pasteur sont très appréciées des oiseaux, et donc des poules.
    Quant aux fleurs, bien que capables de s'autoféconder, elles attirent divers pollinisateurs : chrysopes, abeilles sauvages, papillons, syrphes...


    Aphis craccivora
    (puceron noir de la luzerne)
    La plante peut aussi nourrir une grande quantité d'insectes considérés comme nuisibles aux cultures : de très nombreuses espèces de pucerons, des punaises, des chrysomèles, l'altise du chou, des charançons, des mouches mineuses, des cécidomyies (moucherons provoquant des galles), ainsi que les chenilles de l'aurore, de la piéride du chou et de certaines phalènes.
    Une telle énumération devrait inciter les jardiniers à éliminer au plus vite cette plante porte-malheur et son flot de menaces potentielles ; mais pour nous autres qui cherchons à accueillir une biodiversité toujours plus riche, le maximum d'espèces (« ravageurs » et « auxiliaires » confondus) pour un écosystème le plus équilibré possible, une telle plante est une aubaine !

    En effet, non seulement la présence de C. bursa-pastoris au jardin peut attirer les insectes précédemment cités (et par conséquent leurs prédateurs), mais elle en détournera une bonne partie de nos cultures.


    UNE PIONNIÈRE TOUT-TERRAIN

    En tant que Brassicacée, la bourse-à-pasteur peut pousser sur des terrains déstructurés et épuisés, sans besoin d'une vie fongique ou bactérienne dans le sol avec lesquelles développer des symbioses. C'est pourquoi bon nombre de Brassicacées (brocoli sauvage, fausse roquette, ravenelle...) sont généralement considérées comme des mauvaises herbes dont il est difficile de se débarrasser, d'autant qu'elles sont résistantes à certains herbicides (attention à la cueillette !).

    Son habitat naturel est une terre calcaire de vallée alluviale à fort contraste hydrique. Elle est ainsi très présente dans les jardins, les champs, les friches et les terres de remblais où le sol fortement compacté est tour à tour gorgé d'eau puis desséché. La vie aérobie (bactéries ayant besoin d'air) y est absente, ce qui entraîne un blocage du phosphore et du potassium.
    Comme toutes les Brassicacées, la bourse-à-pasteur est capable de débloquer ces éléments, c'est-à-dire de les assimiler et de les rendre disponibles aux autres plantes, tout en décompactant le sol à l'aide de sa racine pivotante.

    Considérée comme nuisible aux cultures pour toutes les raisons évoquées, elle fait en réalité partie de ces plantes qui peuvent commencer à régénérer les sols les plus maltraités.



    UNE PROTOCARNIVORE, C'EST-À-DIRE ?

    Dans les années 70, les biologistes Barber et Page de la Tulane University (Nouvelle-Orléans) ont réalisé une étude sur la graine de Capsella bursa-pastoris, afin de déterminer le potentiel des graines mucilagineuses dans le contrôle des larves de moustiques.


    Larves de moustiques Culex pipiens quinquefasciatus piégées par une graine de C. bursa-pastoris.

    Ils ont ainsi démontré que, lorsqu'on la plonge dans l'eau, la graine de bourse-à-pasteur sécrète un mucilage (sorte de gelée devenant visqueuse au contact de l'eau) contenant un appât chimique qui peut attirer de nombreuses larves de moustiques (jusqu'à 20 par graine), lesquelles se retrouvent rapidement piégées, leur brosse buccale collée au mucilage. Via celui-ci, la graine libère une toxine qui tue les larves, mais aussi des enzymes capables de transformer les protéines de ses proies en acides aminés, absorbés ensuite lors de la germination pour nourrir la plantule !
    Cependant, dans la nature, une graine enfouie dans le sol aura peu de chance de tomber sur une larve de moustique (purement aquatique) pour s'en nourrir ; aussi, d'autres études ont montré par la suite que la graine de C. bursa-pastoris peut aussi attirer, tuer et digérer des nématodes, des protozoaires et des bactéries.
    Ces dernières expériences étaient encore en cours lors des derniers écrits de Barber en 1978, et aucune étude plus récente ne semble avoir été publiée pour le moment.

    Ceci dit, c'est peut-être grâce à cette étonnante capacité que la bourse-à-pasteur peut pousser sur des sols pauvres en nutriments tout en partant de graines extrêmement petites (de l'ordre de 0,2mg), donc incapables de stocker de grandes réserves de nourriture.
    En 78, Barber se refuse toutefois à qualifier la bourse-à-pasteur de plante carnivore, car il n'a pas été prouvé qu'un spécimen nourri de protéines animales soit en meilleure santé qu'un autre privé de cette même nourriture.
    De nos jours, l'espèce demeure qualifiée de protocarnivore (ou paracarnivore), en attendant que les bénéfices tirés de cette nourriture par la plante soient quantifiés.


    En lien avec cet article :
    Des mauvaises herbes ?



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    mercredi 1 février 2017

    Le frelon asiatique (Vespa velutina nigrithorax)

    DE nos jours, tout le monde a entendu parler du frelon à pattes jaunes, Vespa velutina, surnommé par chez nous le frelon asiatique, et célèbre pour les ravages qu'il cause dans les populations d'abeilles domestiques. 


    On le dit asiatique car la sous-espèce V. velutina nigrithorax, observée pour la première fois en France en 2004, est originaire d'Asie continentale. Cette région possède à peu de choses près le même climat que le nôtre, si bien que, une fois introduit dans l'Hexagone via des conteneurs de poteries importées de Chine, ledit frelon s'est très facilement adapté. En 2016, il avait colonisé la quasi-totalité de la France, et atteint la plupart des pays alentours : Espagne, Portugal, Italie, Allemagne, Belgique et Angleterre.


    COMPORTEMENT

    Le genre Vespa, qui appartient à l'ordre des Hyménoptères, regroupe 22 espèces de frelons à travers le monde. Ce sont des insectes sociaux mais, à la différence des abeilles ou des fourmis, les frelons et autres guêpes sociales fonctionnent en colonies annuelles : l'hiver venu, toute la colonie meurt, à l'exception des reines ayant réussi à s'abriter pour hiverner. Celles-ci ressortent au printemps pour bâtir un nid, engendrer des ouvrières, puis des mâles et des femelles fertiles qui, une fois fécondées, deviendront des reines, etc., etc.

    Frelons asiatiques en alerte sur un nid

    Les frelons jouent différents rôles dans les écosystèmes : chasseurs avant tout, ils régulent les populations de nombreux insectes, principalement pour nourrir leur progéniture, car les adultes s'alimentent très peu et presque uniquement de fruits mûrs et de nectar. C'est pourquoi les frelons butinent et sont donc des pollinisateurs.


    LE FRELON ET L'HOMME

    Comparativement à d'autres Hyménoptères, les frelons sont plutôt pacifiques vis à vis de l'homme, n'attaquant qu'en dernier recours, en cas d'agression ou de présence à proximité du nid (3-4m).
    À l'automne 2015, au jardin de La Graine Indocile, un saule pleureur était parasité par des pucerons. Or, en suçant la sève des végétaux, les pucerons excrètent un miellat dont les Hyménoptères raffolent. Plusieurs frelons européens ont alors passé des semaines à lécher le liquide sucré sur le tronc de cet arbre situé en bordure de chemin. Nous sommes passés de très nombreuses fois à 50cm de leur petit festin sans jamais craindre la moindre attaque de leur part.
    Divers entomologistes, médecins et autres chercheurs s'accordent à dire que le frelon asiatique est tout aussi pacifique lorsqu'il vaque à ses occupations, et tout aussi belliqueux si l'on s'approche de son nid.

    Les piqûres de frelon sont assez douloureuses en raison de la longueur du dard, ainsi que de l'acétylcholine contenue dans le venin qui stimule les récepteurs de douleur. Mais ce venin est bien moins dangereux qu'on le dit, du moins concernant V. crabro et V. velutina, seules espèces présentes en France à ce jour.
    En effet, les frelons et les guêpes sont dotés d'un dard venimeux dans le but de chasser des proies. Ils inoculent donc des doses mesurées de poison par souci d'économie, afin de pouvoir multiplier les attaques. L'abeille domestique, au contraire, utilise cette arme en mode kamikaze, comme moyen de défendre la ruche contre des prédateurs très variés, du petit rongeur jusqu'à l'ours et à l'être humain. Après la piqûre, l'abeille meurt presque systématiquement, car le dard en forme de harpon s'arrache de son corps avec la glande à venin et reste planté dans la peau de l'ennemi. C'est pourquoi la piqûre d'abeille est en réalité plus dangereuse que celle du frelon.
    La plupart du temps, une piqûre de frelon ne provoque donc que douleur et inflammation. Mais comme pour les abeilles et les guêpes, il est fortement conseillé d'appeler les secours au plus vite en cas de piqûre au niveau de la bouche, de la gorge ou de l’œil, en cas de piqûres nombreuses (risque d'intoxication sérieuse) et/ou de réaction allergique (douleur, rougeurs et gonflements étendus ou persistants, difficultés respiratoires, chute de tension...).
    On estime que 1 à 5% de la population est allergique aux venins d'Hyménoptères ; mais le nombre de décès des suites de piqûres est très faible, environ 15 par an, et n'a pas augmenté avec l'arrivée de V. velutina.


    RECONNAÎTRE VESPA VELUTINA

    Au vu des fréquentes confusions entendues çà et là, nous tenons à faire un petit point d'identification... en commençant par dire que le frelon asiatique n'est pas une espèce géante, au contraire ! Il est même généralement un peu plus petit que l'européen.


    Frelon à pattes jaunes (Vespa velutina nigrithorax)

    L'abdomen est noir, cerné de deux liserés fins jaune-orange et d'un segment orange. Les pattes sont jaunes, le thorax noir, et la tête orange et noire.
    L'ouvrière mesure entre 17 et 26mm.
    La reine peut atteindre 32mm.

    Frelon européen (Vespa crabro)

    L'abdomen est jaune rayé de noir. Les pattes sont rousses, le thorax noir et roux, et la tête jaune-orange
    L'ouvrière mesure entre 19 et 30mm.
    La reine peut atteindre 39mm.



    LES PIÈGES

    De plus en plus de sources le clament : les pièges utilisés contre V. velutina sont presque toujours des coups d'épée dans l'eau... ou bien ils empirent la situation !


    Fondatrice de V. velutina commençant
    son nid au début du printemps.
    À l'automne, des centaines de femelles sexuées quittent chaque nid par vagues, se dispersant jusqu'à 60km alentour. Pour le programme d’étude du frelon asiatique du Muséum National d’Histoire Naturelle, « il est clair qu'aucun piégeage ne peut freiner ce front d’invasion ».
    Par la suite, 95% des reines succombent en hiver. La lutte demeure donc inutile à cette période. Et au printemps, pareil ! 95% des reines survivantes meurent à leur tour en combattant d'autres reines pour défendre ou voler un nid en construction. Pire encore, « si l’on en piège certaines, on libère le terrain pour d’autres qui n’auront même pas à se battre ».

    Notons au passage que, comme pour les moustiques ou les limaces, un piégeage à l'insecticide empoisonne aussi les prédateurs, ce qui revient à favoriser le frelon.
    De plus, poisons ou non, les pièges sont rarement sélectifs. De nombreux pièges à base de bière, de jus sucré ou de jus de cirier fermenté sont mis en place pour lutter contre le frelon asiatique et tuent de nombreux insectes de toutes sortes, et pas toujours les frelons.
    Différents laboratoires (INRA Bordeaux, IRBI de l'Université de Tours) travaillent aujourd'hui au développement de pièges à phéromones vraiment sélectifs. Mais encore une fois, le piégeage à but de régulation est une illusion. La seule manière « efficace » d'utiliser un piège sélectif serait de le placer tout près des ruches pour diminuer la pression sur les abeilles.


    LES PRÉDATEURS

    En France, la plupart des prédateurs potentiels du frelon à pattes jaunes, comme les pics, les mésanges ou certaines chauves-souris, ne sont apparemment pas très efficaces face au nombre.

    Parmi les oiseaux, la bondrée apivore (Pernis apivorus) est tout de même un prédateur remarquable, capable de s'attaquer directement aux nids. Cependant, ce rapace diurne et migrateur s'est raréfié, victime de la dégradation de son habitat et des pesticides qui diminuent le nombre de proies et transforment celles qui restent en poison. La bondrée est d'ailleurs une espèce protégée au niveau européen.

    Pernis apivorus

    Deux parasitoïdes indigènes sont capables d'infester V. velutina : un ver nématode du genre Pheromermis et une mouche appelée Conops vesicularis. Les larves de cette dernière, si elle parvient à pondre dans une reine frelon, éclosent dans son corps et dévorent ses organes, entraînant sa mort puis celle de toute la colonie.
    Mais devant la sélection naturelle extrêmement sévère dont nous parlions plus haut, ces parasites ont une incidence limitée.

    Pheromermis sp.
    Conops vesicularis

    Le genre Sarracenia regroupe neuf espèces de plantes carnivores originaires des tourbières nord-américaines, et qui s'adaptent très bien aux milieux similaires de France. Les feuilles en entonnoir de ces jolies plantes contiennent un liquide qui attire les insectes ; ces derniers, piégés dans l'urne, y sont paralysés, noyés, puis digérés par des sucs.


    Sarracenia oreophila
    Divers comptages ont été récemment effectués, notamment par le Muséum d’Histoire Naturelle de Nantes sur plusieurs espèces de sarracénies : ces plantes piègent majoritairement des mouches (51% des insectes recensés), mais on y a retrouvé presque autant de frelons à pattes jaunes (48%) ! Ils sont en effet bien plus attirés par l'odeur des sarracénies que ne le sont les frelons européens (0,4%) ou tout autre Hyménoptère.
    Une étude a été amorcée en 2015 pour connaître plus précisément l'impact potentiel des sarracénies sur les populations de V. velutina, en déterminant par exemple le nombre de frelons piégés par une seule urne sur une période donnée, ou bien les périodes de l'année les plus fructueuses.

    Le frelon européen, très territorial, peut quant à lui avoir un fort impact en détruisant les nids trop proches du sien ; il est donc bien dommage que l'on chasse systématiquement tous les frelons, y compris les européens, soit parce que leur grande taille et de nombreuses fausses rumeurs nous les rendent effrayants, soit parce qu'on les prend tout simplement pour des vilains frelons asiatiques même pas de chez nous !
    En réalité, la destruction systématique des nids de frelons européens depuis des décennies est probablement la raison pour laquelle l'asiatique s'est si facilement installé.


    UNE STRATÉGIE DE DÉFENSE : LE BALLING

    Contre les attaques de diverses espèces de frelon, dont Vespa velutina, les abeilles asiatiques (Apis cerana) emploient une technique impressionnante : elles se massent par centaines autour de l'agresseur en une boule compacte, et font vibrer leurs ailes pour augmenter la température du cœur de la boule jusqu'à 45°C, ainsi que les taux de CO2 et d'humidité. De telles conditions sont fatales au frelon, tandis que l'abeille peut supporter des températures jusqu'à près de 50°C. Cette technique est appelée thermo-balling (ou heat-balling).

    L'abeille japonaise (Apis Cerana japonica) en formation thermo-balling contre le frelon japonais (V. simillima xanthoptera).

    L'abeille chypriote (A. mellifera cypria), sujette aux attaques d'un frelon oriental (V. orientalis) plus résistant à la chaleur, pratique l'asphixia-balling : il s'agit là encore d'enfermer l'intrus dans une boule compacte et d'en augmenter température, CO2 et humidité, mais en appliquant en plus une pression importante de manière à empêcher les mouvements respiratoires de son abdomen et le tuer par asphyxie.

    L'abeille jaune (A. mellifera ligustica) que nous connaissons bien pratique elle aussi une sorte de thermo-balling sur notre bon vieux frelon européen, mais l'on en sait encore peu sur sa technique.
    Des expériences dans le Sud-Ouest de la France ont montré que si un frelon asiatique est posé directement sur la planche d'envol ou à l'intérieur de la ruche, une grande majorité de colonies de A. mellifera adoptent un comportement de thermo-balling et parviennent à tuer le frelon. Mais dans la réalité, le frelon asiatique n'est pas du genre à se ruer dans la ruche. Il se poste en vol stationnaire devant la planche d'envol, ce que ne fait pas son cousin européen (ce dernier s'en prend d'ailleurs rarement aux abeilles, chassant essentiellement des mouches).


    INTIMIDATION ET STRESS

    Voilà qui change la donne, car face à cette menace inhabituelle du vol stationnaire, hormis dans de rares cas où elle construit une barrière en propolis pour empêcher le frelon d'entrer dans la ruche, A. mellifera adopte généralement divers comportements d'intimidation pas toujours efficaces : les abeilles produisent un sifflement en battant des ailes, ou agitent leur abdomen de façon synchronisée, ou encore s'agglutinent en tapis sur la planche d'envol (« bee-carpet behaviour »).
    Dans plus d'un cas sur trois en 2010, A. mellifera ne manifeste aucun comportement coordonné et se contente de se disperser sur et autour de la planche d'envol. C'est uniquement dans ces cas-là que le frelon ose pénétrer dans la ruche. Mais si les abeilles se réunissent en bee-carpet, alors le frelon reste à distance et s'attaque aux individus isolés.


    Un frelon asiatique en vol stationnaire devant la planche d'envol d'une ruche.
    Ici, une réglette ajourée appelée "réducteur d'entrée" a été installée pour protéger la ruche des intrusions.

    Des observations ont été faites de frelons attaquant en nombre, dépeçant les ouvrières, puis emportant les larves et le miel. Cela dit, il a été établi que les pertes massives d'abeilles liées à la présence de V. velutina ne sont pas principalement due aux attaques, mais au stress important que cause le vol stationnaire. La colonie, ne parvenant plus à maintenir une activité suffisante pour se nourrir, s'affaiblit et succombe à l'hiver ou aux maladies.


    ÉVOLUTION DE COMPORTEMENT

    Quoiqu'il en soit, nos abeilles semblent bien démunies face à ce frelon aux techniques d'approches inattendues. Mais elles pourraient bien finir par trouver la parade... Il semblerait même que les abeilles progressent bien plus vite qu'on ne l'imaginait : certains apiculteurs témoignent, sur des essaims en bonne santé, d'abeilles attaquant et parvenant à piquer un frelon asiatique qui stationnait devant la ruche. Beaucoup pensent d'ailleurs que les frelons ne parviennent à conquérir une ruche que si celle-ci était déjà faible au départ.

    [Complément du 3 février 2017] :
    Une évolution des comportements d'A. mellifera a été observée récemment, notamment par Aurore Avarguès-Weber, doctoresse au Centre de Recherches sur la Cognition Animale de Toulouse, dont les travaux montrent les étonnantes capacités d'apprentissage de l'abeille domestique.
    Elle remarque d'abord que deux ou trois ans après l'apparition du frelon, les abeilles se sont habituées à sa présence et ne sont plus stressées. Le nombre d'attaques a continué d'augmenter avec la propagation de V. velutina, mais les abeilles travaillent à nouveau normalement et survivent bien mieux à l'hiver.
    Par la suite, la chercheuse observe une première tentative de contre-attaque étonnante (bien que peu efficace) de la part des abeilles : elles se montent les unes sur les autres sur la planche d'envol pour former un monticule et se laissent tomber en masse sur le frelon. Très rarement, celui-ci tombe avec elles et préfère alors aller voir ailleurs ; la plupart du temps, il esquive simplement.
    Mais dans la région de Bordeaux, où le frelon asiatique est présent depuis plus longtemps, un comportement nouveau commence à apparaître : une colonie par-ci par-là s'essaye au thermo-balling sur un frelon en vol stationnaire devant la ruche. Pour le moment, les abeilles ne restent en formation que quelques minutes, ce qui ne fait qu'étourdir le frelon. D'après Aurore Avarguès-Weber, il se pourrait qu'une colonie développe la bonne technique à force de tentatives ; il sera alors possible de la propager rapidement en mettant cette ruche en contact avec d'autres.


    ALORS QUE FAIRE ?

    Si la question de réguler, voire d'éradiquer V. velutina de nos contrées se fait si pressante aujourd'hui, c'est donc surtout parce qu'il s'en prend à l'abeille domestique, pollinisateur remarquable, porte-drapeau de la cause écologiste et gagne-pain des apiculteurs. Et l'on justifie volontiers cette hostilité à l'égard du frelon par le fait que sa présence en Europe est une erreur que nous avons le droit et le devoir de réparer.
    À La Graine Indocile, si nous nous refusons à classer la faune sauvage en espèces « nuisibles » et « utiles », il en va de même pour le cloisonnement « gentils indigènes » et « vilains exotiques ». En effet, dans une nature en perpétuel mouvement, tout écosystème est voué à évoluer sans cesse, entre autres en intégrant de nouvelles espèces. Parfois, un milieu s'adapte à la nouveauté en un rien de temps ; parfois cela prend des milliers d'années et, à notre échelle, nous percevons la chose comme dramatique. Tout compréhensible que cela puisse être, il nous paraît clair que la lutte acharnée menée par l'être humain contre les espèces qu'il considère comme « pas à leur place » est généralement vaine, terriblement énergivore et aboutit presque toujours à empirer la situation. C'est pourquoi, puisqu'ils sont là, nous ne sommes pas plus hostiles aux frelons, capricornes et autres coccinelles asiatiques qu'à leurs cousins européens.

    Ceci dit, parce qu'il existe des éleveurs à petite échelle qui cherchent à produire du miel de qualité tout en se souciant du bien-être de leurs abeilles, quelques solutions sont envisageables pour protéger ses ruches sans pour autant bouleverser ou détruire l'écosystème en place, en attendant que la nature, comme elle sait si bien le faire, n'absorbe cette nouvelle donnée dans sa recherche constante d'équilibre.

    Favoriser la bondrée apivore : il s'agit en fait de préserver son habitat. Présent sous nos latitudes de mai à septembre, cet oiseau discret fuit surtout les zones de grandes cultures. Il affectionne les bocages, les grands massifs forestiers et tous types de milieux alternant bois et prairies, de préférence humides.
    Pour info, la bondrée apivore consomme des guêpes, des frelons, des bourdons... mais rarement des abeilles, malgré son nom. De plus, elle ne s'attaque pas aux ruches d'élevage, à l'intérieur desquelles elle ne peut pas accéder de toute façon.

    Museler ses ruches : l'apiculteur André Lavignotte a mis au point une « muselière » pour ses ruches, une sorte de sas grillagé protégeant la planche d'envol, censé éliminer le stress de l'abeille : elle peut scruter les alentours sans danger depuis le sas, avant de décoller.
    Le dispositif ne fait pas l'unanimité : certains apiculteurs prétendent que la muselière n'est pas plus efficace qu'un simple réducteur d'entrée, et qu'avec le temps l'abeille s'habitue à la présence de frelons, n'est plus stressée sur la planche d'envol et accomplit son travail normalement.

    La muselière d'André Lavignotte
    D'autres témoignent de l'efficacité de la muselière, lorsqu'elle est bien conçue. Nous laisserons donc à nos camarades apiculteurs le soin d'étudier les différents modèles décrits sur le net, et de déterminer ce que peut être une « bonne » ou une « mauvaise » muselière.
    Quelque soit le type de protection à l'entrée, plusieurs problématiques se posent, comme par exemple permettre aux faux-bourdons (abeilles mâles), plus gros que les ouvrières, de sortir pour féconder les futures reines.

    Des poulets à la rescousse : les frelons asiatiques produisent un fort bourdonnement et pratiquent ce fameux vol stationnaire lorsqu'ils guettent l'entrée d'une ruche. Pour ces deux raisons, l'apiculteur de loisir Francis Ithurburu affirme que les poulets, très friands d'insectes pour les protéines qu'ils contiennent, parviennent à becqueter les frelons assez facilement, mais pas les abeilles. Ainsi, en installant ses ruches à l'intérieur du poulailler, les poulets se nourrissent et les abeilles sont sauves. C'est gagnant-gagnant !

    Frelon contre frelon : même s'il lui arrive de s'en prendre occasionnellement aux abeilles, voire d'attaquer une ruche particulièrement faible, le frelon européen consomme plus de fausses teignes de la cire (parasites de la ruche) que d'abeilles.
    Mais surtout, il n'est pas très partageur en terme de territoire ; alors en guise de parade contre Vespa velutina, certains apiculteurs préconisent d'installer un nid de V. crabro dans un nichoir à 7-10m des ruches, en hauteur pour minimiser les risques de piqûre. La chose est notamment pratiquée en Allemagne, où le frelon européen est une espèce protégée.

    Le pack premium : qui a tenté, pour assurer le coup, d'installer ses ruches muselées dans un poulailler, entre un massif boisé et un parterre de sarracénies, à 10m d'un nid de frelon européen ? Ça devrait le faire, non ?

    N'étant pas du métier, nous rapportons ici des résultats de recherches et des témoignages d'apiculteurs et de naturalistes, sur un sujet somme toute complexe. N'hésitez pas à partager vos observations dans les commentaires !


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    Des nuisibles ?
    L'apiculture, un sujet qui pique



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    vendredi 27 janvier 2017

    La permaculture avec Pascal Depienne

    POUR ce nouveau portrait, nous partons retrouver notre ami Pascal Depienne, formateur et designer en permaculture avec qui nous avons eu le plaisir de travailler plusieurs fois par le passé, lors de Cours Certifiés de Permaculture.

    À travers ses projets avec l'association Terre Paille & Compagnie et la SCI Des Pommes et des Hommes, du côté de Poitiers, Pascal nous parle d'éthique permacole, d'autonomie en eau et en énergies, de construction naturelle, de canards au potager, de forêt comestible, du pommier kazakh... Tout un programme !




    Pour en savoir plus :

    ... et sur Youtube.

    mercredi 18 janvier 2017

    Une soirée autour de L'éveil de la permaculture

    ALORS que les écosystèmes menacent plus que jamais de s'effondrer, la permaculture laisse entrevoir une lueur d’espoir… À la croisée de l’ancien monde marchand et consumériste et du nouveau monde de la créativité et du partage, le film [L'éveil de la permaculture] nous invite à un voyage initiatique au pays de la permaculture.

    Le 12 janvier 2017, nous étions à Barjols (83) pour l'avant-première de ce film documentaire au cinéma L'Odéon, coorganisée avec l'association Artifilms et le distributeur Destiny Films.

    Cette soirée en présence du réalisateur/producteur Adrien Bellay et de l'opérateur-son/permaculteur Clément Fleith, a comblé toutes nos attentes... et même un peu trop !
    En effet, nous n'avions pas prévu une telle affluence, si bien que de nombreuses personnes n'ont pas pu entrer dans la salle. Nous tenons à leur présenter nos excuses.
    Mais du coup, à quelques pas de la salle, une sympathique « contre-soirée » s'est improvisée au café du coin, où les échanges sont allés bon train !

    Après le film, d'autres échanges ont pris le relais dans le cinéma : une séance de questions-réponses avec les créateurs du film et une fin de soirée autour d'un petit verre en mode auberge espagnole, pendant laquelle le réseau local a encore montré toute l'étendue de sa dynamique ! De belles choses sont encore à prévoir dans les environs... gardons le contact !


    Un grand merci à Séverine, Adrien, Clément et toutes les personnes présentes, dans la salle comme au bar !


    En attendant la sortie officielle le 19 avril, d'autres avant-premières sont à venir, dont au moins deux dans la région :

    le 4 février au cinéma Le Gyptis, à Marseille
    le 8 avril au cinéma Marcel Pagnol, à Cotignac (83)

    vendredi 23 décembre 2016

    L'énergie autrement avec Barnabé Chaillot

    AUJOURD'HUI, un entretien avec Barnabé Chaillot pour parler d'énergie : chauffage, électricité, etc. Des sujets peu souvent abordés ici et qui sont pourtant d'une immense importance.
    Barnabé possède un site internet ainsi qu'une chaîne Youtube sur lesquels il nous propose des tutoriels amusants et très instructifs !

    Bon visionnage !



    jeudi 1 décembre 2016

    Décembre au jardin

    CE mois-ci, Damien boucle la boucle avec cette ultime vidéo de la série Mois par mois au jardin. Au programme pour amorcer l'hiver : boutures, marcottes, divisions, plantations fruitières, semis en intérieur, etc. !
    Bonnes fêtes à tou-te-s et bonne vidéo !


    Pour soutenir Damien et la chaîne Permaculture, Agroécologie, Etc. : voir à la fin de la vidéo.
    Pour soutenir La Graine Indocile : c'est ici.

    jeudi 17 novembre 2016

    Un bon paillage vaut 235 arrosages (environ)

    CONNAISSEZ-VOUS ce dicton paysan : "un binage vaut deux arrosages" ? En effet, sur un sol travaillé et laissé à nu, mettre un coup de binette ou de houe permet de briser la croûte formée en surface par le soleil, le gel ou le battement de la pluie. Ainsi l'eau pénètre mieux et l'on arrose deux fois moins.

    Mais passer son été à biner pour arroser tous les deux jours au lieu de chaque jour, c'est tout de même beaucoup d'énergie dépensée ! Surtout quand une simple couverture du sol permet de ne presque plus arroser...


    PAILLER !

    Voilà pas mal d'années que nous vantons cette technique sans relâche, mais aucun article ne le détaillait dans ces pages. Alors allons-y !


    Un paillage conserve l'humidité dans le sol en limitant l'évaporation ; il protège la terre des brûlures du soleil, de l'érosion du vent, du tassement et du lessivage par les pluies battantes ; il limite la levée des herbes non-désirées ; et, s'il est organique, il nourrit le sol en se décomposant. Servant à la fois d'abri et de nourriture, il favorise aussi le développement de la vie souterraine qui aère, enrichit et structure le sol, attirant du même coup de nombreux prédateurs de toutes sortes, qui réguleront les populations d'éventuels ravageurs. Il est donc essentiel de ne jamais marcher sur une zone de culture pour préserver à tout prix cette vie du sol et ne pas détruire son travail de décompactage.


    Notons que, par habitude, nous utilisons le mot paillage comme un terme générique, synonyme de couverture du sol. D'aucuns préfèreront parler de paillage ou de paillis uniquement lorsqu'il s'agit de paille, et de couverture ou de mulch (anglicisme) pour les autres matériaux. Faites comme vous voulez !

    Bref, pour pailler ou mulcher, à peu près n'importe quelle matière organique est intéressante : feuilles, écorces et branchettes d'arbre, paille, laine, etc. Il est préférable d'utiliser des matières qui n'ont pas subi de traitement chimique, cela perturberait grandement la vie du sol et donc les plantations.

    Il est également possible d'utiliser des pierres ou des tuiles pour protéger le sol et le tenir au chaud. Indirectement, un couvert minéral nourrira tout de même le sol, grâce à l'activité des nombreux animaux qu'il abritera (cloportes, mille-pattes, araignées, perce-oreilles, staphylins, lézards, orvets...)


    Pour notre part, selon les cas, nous utilisons de la paille bio, le broyat résultant d'une taille d'arbre, du mulch forestier (feuilles mortes de chênes, de frênes...), ou encore tout ce que nous récupérons en débroussaillant, en taillant ou en désherbant. Les meilleurs matériaux sont en réalité ceux dont on dispose sur place ! Tous ont leurs avantages et inconvénients : plus ou moins faciles à utiliser, plus ou moins énergivores à produire, gratuits ou payants, plus ou moins résistants au vent...

    Nous avons déjà évoqué les différents mulchs utilisables dans l'article
    Qu'est-ce qu'une butte en permaculture ?


    Le meilleur exemple de l'efficacité du paillage est bien sûr celui fourni par la nature en forêt : régulièrement, les arbres perdent des feuilles, des brindilles, des branches qui couvrent tout le sol d'une épaisse litière où grouille la vie.

    Filaments de champignon dans la paille

    Ainsi, cette litière est peu à peu décomposée par les vers, les insectes, les champignons, les bactéries..., créant une couche d'humus extrêmement fertile et léger, que de nouveaux débris végétaux viennent recouvrir, etc., etc.
    Pour reproduire ce schéma sur un jardin, il suffit donc d'apporter un maximum de végétation et de la matière organique en décomposition, la seconde étant peu à peu produite par la première.


    DÉPAILLER ?

    D'aucuns recommandent de dépailler à telle ou telle période, généralement au printemps, afin que la terre se réchauffe plus vite. Cette stratégie est intéressante dans les régions où l'hiver est particulièrement rigoureux, mais attention aux gelées tardives qui pourraient fortement nuire à la vie du sol ! Pour notre part, nous faisons le choix de garder la vie du sol à l'abri en permanence, comme le fait la nature, donc nous ne laissons jamais nos zones dépaillées... sauf pour un semis direct de petites graines.

    La question revient souvent de savoir comment l'on peut semer lorsque le sol est couvert. En fait, il suffit généralement de regarder la taille de la graine : les grosses graines comme le maïs, le haricot ou la courge traversent 10cm de paillage sans problème (et même 20cm pour la fève). Par contre, pour semer en direct des carottes, radis, laitues, etc., on est forcé de dépailler le temps que ça pousse. On peut tout de même "saupoudrer" un paillage extrêmement léger qui ne gênera pas le semis et protègera un minimum le sol.

    On a un peu poussé la paille
    pour semer de la moutarde.


    L'ARROSAGE

    Au printemps, l'épaisseur de la couverture est donc assez variable. Il est même possible de rajouter de la matière régulièrement au fur et à mesure que les plantations poussent. Des arrosages plus ou moins réguliers sont donc nécessaires (en fonction des pluies), pour les jeunes semis et les plants nouvellement transplantés.
    Mais fin-juin début-juillet, lorsque la plupart des plantes potagères d'été ont bien grandi, nous rajoutons du paillage sur tout le potager jusqu'à atteindre, par exemple pour de la paille céréalière, au moins 20cm d'épaisseur. Et dès lors, nous n'arrosons plus le potager que toutes les 2 ou 3 semaines... s'il ne pleut pas, car s'il pleut régulièrement, nous n'arrosons plus de toute la saison !

    Précisons que ces arrosages peu fréquents sont, par contre, relativement abondants, à raison d'un arrosoir (15L) pour 3 ou 4 plantes, afin d'aider les racines à plonger profondément et à gagner en autonomie.

    En 2016, l'été exceptionnellement sec a nécessité que nous arrosions certaines zones tous les dix jours.

    Votre chien consomme trop d'eau ? Paillez-le !


    LE COMPOSTAGE DE SURFACE

    Un autre avantage important du paillage est que l'on peut aussi y enfouir de la matière organique fraîche, comme la tonte d'un chemin, la fauche d'un engrais vert ou du fumier. Ces matières riches en nutriments ainsi abritées se compostent directement aux pieds des cultures et nourrissent le sol, au lieu de sécher au soleil et de perdre une grande partie de leur richesse dans l'atmosphère.
    De la même manière, on peut enrichir son sol tout au long de l'année en déposant ses épluchures de cuisine çà et là sous le mulch.




    PATIENCE...

    Cette belle couverture humide offerte au sol contente un grand nombre de petits animaux, et parmi eux les limaces ! D'innombrables stratégies plus ou moins contraignantes sont alors mises en œuvre par les jardiniers-pailleurs, pour freiner, piéger, noyer les mollusques voraces.
    Là encore, nous faisons le choix de faire confiance à la nature.
    Car un sol couvert et riche de vie fait aussi le bonheur des carabes, des staphylins, des lézards, des rongeurs... qui, eux, savent parfaitement réguler les limaces, du moment qu'on les laisse faire.

    Pour en savoir plus sur le jardinage avec les limaces (plutôt que contre) :
    Des nuisibles ?
    Les carabes