Onglets


  • vendredi 28 avril 2017

    Le pôle bénévole de La Graine

    LE 5 mars 2017, malgré la fraîcheur et la pluie qui menaçait, une petite équipe s'est réunie au jardin du Grand Jas, pour tenter de voir ensemble si de nouvelles actions bénévoles pouvaient s'envisager au sein de La Graine Indocile.


    Après un brainstorming collégial, la réflexion s'est poursuivie par groupes sur les quelques idées retenues et, en fin de journée, nous avions un plan d'actions et plusieurs référents pour mener à bien les différents projets. D'ailleurs, la plupart ont déjà démarré !


    DES ATELIERS POUR LES ENFANTS

    Une journée de rencontre « spéciale famille » a eu lieu au jardin du Grand Jas le 18 avril, au cours de laquelle plusieurs intervenants ont proposé des animations pour la dizaine d'enfants présents, comme un atelier sculpture avec l'argile extrait de la mare et des jeux éducatifs type Montessori, tandis que les adultes pouvaient suivre notre traditionnelle visite du jardin, puis participer à diverses activités dont la construction de notre poulailler-serre en torchis (dont nous vous donnerons des nouvelles bientôt !).








    Un grand merci à Nico, Marie, William et Maria pour les animations proposées, ainsi qu'à tous les participants, grands et petits, pour l'excellente journée que nous avons passée... Et vivement la prochaine !



    DES PÉPINIÈRES INDOCILES

    Les Pépinières Indociles sont des rencontres de type troc de graines, qui peuvent être organisées partout entre membres de l'association, pour échanger des semences bien sûr, mais aussi des plants, des boutures... et des expériences ! Ces événements sont simplement soumis à une petite charte, imaginée par le collectif du 5 mars. Vous pouvez la consulter ici.

    Une première journée a été proposée le 22 avril à Six-Fours (83), par Vincent... qui en prévoit déjà une seconde le 6 mai !


    LES STANDS DE LA GRAINE

    La Graine essaie de tenir plusieurs stands d'information chaque année, lors de certains événements locaux. Mais bien souvent, notre petit effectif et notre programme bien rempli nous empêche de participer à tous les événements sympas auxquels nous sommes conviés. C'est pourquoi nous invitons les membres les plus enclins à déballer toute leur bienveillance et leur bonne humeur sous la banderole de La Graine Indocile à nous contacter, s'ils souhaitent nous rejoindre sur l'une des dates suivantes :

    le 7 mai à la Fête de Printemps de Bras

    le 4 juin à l'inauguration du Jardin à Papillons
    créé par le domaine viticole de l'Escarelle et la LPO PACA, à La Celle

    le 14 juillet lors du Ferme d'Avenir Tour, à Saint-Maximin.


    ET UN OUTIL INTERNET POUR RELIER !

    Un outil de communication internet (de type forum) a été mis en place (merci Thomas !) pour permettre la communication directe entre les adhérents, l'organisation d'événements (chantiers participatifs, Pépinières Indociles et rencontres en tous genres). Tous les membres de l'association sont invités à rejoindre ce forum des Graine Indociles où nous espérons que des bons moments de partage et des chouettes projets verront le jour !


    mercredi 26 avril 2017

    La pomme de terre de A à Z (presque)

    POUR cette nouvelle vidéo "de A à Z", Damien nous raconte la pomme de terre en long et en large : historique, possibilités d'autonomie, période et techniques de plantation simples et productives, rotation de cultures, multiplication, récolte, conservation, résistance aux maladies, aux doryphores, aux campagnols...
    Une vidéo de la chaîne Permaculture, Agroécologie, Etc...


    Pour soutenir Damien et la chaîne Permaculture, Agroécologie, Etc. : voir à la fin de la vidéo.
    Pour soutenir La Graine Indocile : c'est ici.

    jeudi 20 avril 2017

    L'aigremoine eupatoire - Agrimonia eupatoria L.


    L'AIGREMOINE eupatoire est une plante vivace de la famille des Rosaceae, cousine relativement proche des pimprenelles, des potentilles et des benoîtes. Comestible, médicinale, mellifère, ornementale, l'espèce ne manque pas d'intérêts !



    QU'EST-CE QUE C'EST QUE CE NOM ?

    Agrimonia est issu du grec ancien argema qui désigne un ulcère de l’œil, contre lequel on aurait employé jadis le suc de la plante. Quant à l'étymologie du nom eupatoria, elle est incertaine. Pour certains, le mot dérive du grec eupatôr qui signifie né d'un bon père, en référence à Mithridate VI Eupatôr, roi du Pont (en Anatolie) versé dans les sciences médicales et qui, au IIe siècle av. J.C., aurait découvert les vertus anti-inflammatoires de l'aigre­moine. Pour d'autres, eupatoria dériverait du grec ancien hêpatos (le foie), pour les bienfaits de la plante sur l'organe en question.

    Mithridate VI Eupatôr,
    sous les traits d'Héraclès
    (Musée du Louvre)

    Bref, par son nom, Agrimonia eupatoria se révèle déjà comme une plante utilisée de manière ancestrale pour ses vertus thérapeutiques. Mais nous y reviendrons...


    DESCRIPTION

    Mesurant jusqu'à 1,50m, la plante se caractérise par une tige dressée et poilue, des feuilles composées de 5 à 9 folioles dentées s'intercalant avec d'autres folioles plus petites, des fleurs jaunes en très longs épis qui apparaissent en été, et des fruits en forme de cônes munis d'une couronne d'arêtes crochues.



    Grâce à ces crochets, la dispersion des semences de l'aigremoine est épizoochore. Le mot en jette, c'est sûr, mais il signifie simplement que les graines voyagent en s'accrochant à nos chaussettes (et accessoirement aux plumes et aux poils des animaux).

    Du nord de l'Asie jusqu'au nord de l'Afrique en passant par l'Europe, la plante pousse un peu partout : lisières de forêts, clairières, prairies, chemins, fossés, haies, friches...
    Les travaux de Gérard Ducerf sur les plantes bio-indicatrices précisent que la présence d'A. eupatoria indique un sol humide ou asphyxié, ainsi qu'une évolution vers la forêt ; un diagnostic que nous avons pu vérifier au printemps 2016 lorsqu'elle est apparue au jardin du Grand Jas, près de la première mare (pour ceux qui connaissent le lieu). En effet, cette zone est inondable donc souvent asphyxiée, et laissée sauvage depuis plusieurs années, si bien qu'une forêt commence tout doucement à s'y installer, avec les premiers arbres pionniers (frêne du Midi et orme champêtre).

    USAGES

    Toutes les parties tendres de l'aigremoine eupatoire, fleurs comprises, sont comestibles et aromatiques. Ainsi, elles peuvent être utilisées en salade ou cuisinées comme légumes. En infusion, les feuilles et les fleurs donnent un thé agréable, au goût citronné.
    On trouve aussi diverses recettes de « vin d'aigremoine », pour lequel des feuilles ou des fleurs sont mises à fermenter dans de l'eau sucrée, parfois accompagnées d'agrumes et de raisin. L'ethnobotaniste François Couplan signale par ailleurs que les feuilles de la plante entrent dans la composition du ratafia catalan, une liqueur traditionnelle à base de noix.
    Selon certaines sources, les graines décor­tiquées sont également comestibles et la racine est utilisée pour aromatiser les ragoûts.

    Côté médicinal, nous l'évoquions plus haut, certaines vertus de l'aigremoine sont connues depuis l'Antiquité ; les premiers usages dateraient même de la Préhistoire. On connaît aujourd'hui ses propriétés astringentes, hypoglycémiantes, vulnéraires, anti-inflammatoires, cholagogues, antiaphoniques, toniques, antibactériennes, antivirales, antitumorales, analgésiques, antioxydantes, hépatoprotectrices... on s'arrête là ?
    C'est pourquoi les sommités fleuries peuvent être utilisées, principalement en infusion (à boire) contre de très nombreuses affections, notamment les diarrhées, les troubles gastro-intestinaux ou le diabète, ou en décoction (gargarismes) contre l'angine, les maux de gorge, les aphtes...

    L'aigremoine permet enfin de donner à la laine différentes teintes de jaune, selon qu'on utilise la plante entière fleurie ou seulement les feuilles.


    CONFUSION

    En France, on trouve aussi Agrimonia procera, l'aigremoine élevée. Elle est extrêmement proche de A. eupatoria, mais s'en différencie par sa taille réduite, la forme de ses fruits, son milieu (ombragé et frais), et par la présence de petites glandes odorantes sous les feuilles qui dégagent un parfum agréable lorsqu'on les froisse.
    On lui attribue sensiblement les mêmes usages et les mêmes vertus, mais elle est bien plus rare ; mieux vaut donc éviter de la cueillir.


    Akène (fruit sec à graine unique) de A. eupatoria.

    Akène de A. procera. Le réceptacle n'est pas cannelé et les arêtes sont bien plus recourbées.


    AU JARDIN

    La pollinisation de A. eupatoria se fait par les insectes. Difficile de dénicher une liste bien fournie de ces pollinisateurs, mais on trouve tout de même, pour la France : l'abeille domestique, plusieurs espèces de syrphes dont le syrphe ceinturé, le syrphe porte-plume, la rhyngie long-nez et Melanostoma scalare, et des papillons comme l'argus bleu-nacré et le demi-deuil. Avec un peu de chance, en ouvrant l’œil aux prochaines floraisons, nous pourrons identifier d'autres visiteurs...


    Argus bleu nacré (sur orteil)
    Polyommatus coridon

    Rhingie long-nez
    Rhingia campestris

    Syrphe ceinturé (sur lierre)
    Episyrphus balteatus

    Syrphe porte-plume (sur A. eupatoria)
    Sphaerophoria scripta

    Demi-deuil
    Melanargia galathea

    Syrphe Melanostoma scalare attaqué par l'araignée-crabe Misumena vatia , sous le regard indifférent d'un Coléo­ptère (sur A. eupatoria)

    En passant, précisons que si les syrphes adultes sont floricoles, leurs larves sont quant à elles friandes de petits invertébrés, en particulier de pucerons.

    Laisser autant de place que possible à la végétation spontanée autour ou au milieu des cultures a déjà ce premier avantage d'attirer les pollinisateurs et les prédateurs, mais cela permet aussi d'accueillir une biodiversité toute spécifique. Par exemple, les larves de Macrophya rufipes et Hartigia linearis, deux espèces d'Hyménoptères proches des guêpes, se nourrissent exclusivement sur l'aigremoine eupatoire. La première est une « fausse chenille » qui se nourrit sur les feuilles, la seconde creuse dans les tiges.

    Hartigia linearis

    Mais les insectes ne sont pas tous monophages (loin de là !). C'est pourquoi un autre intérêt à l'association cultures / plantes sauvages est de détourner les ravageurs potentiels. En effet, il n'est pas rare que des bestioles s'attaquent à nos plantations à défaut de pouvoir trouver leurs hôtes favoris, qui sont bien souvent des espèces sauvages.

    Sur cette base, nous avons pu dresser le tableau suivant :


    Invertébrés se nourrissant
    sur l'aigremoine eupatoire

    (liste pas du tout exhaustive)
    Mode d'alimentation
    (pas exhaustif non plus)
    Cultures potentiellement
    épargnées grâce à la présence
    d'aigremoine eupatoire

    (toujours pas exhaustif)
    Thrips vulgatissimus Ce minuscule suceur de sève vit principalement sur des fleurs blan­ches. Il est possible qu'il participe à leur pollinisation.
    Sureaux, Prunus sp., poiriers, choux, betteraves, ombellifères, rosiers.
    Puceron du géranium
    Acyrthosiphon malvae
    Ses colonies se développent sur les pétioles et la face inférieure des feuilles. Il est vecteur du virus de la marbrure du fraisier (SMV).
    Fraisiers.
    Cicadelle des petits fruits
    Ribautiana tenerrima
    Cet insecte suceur pique la face supérieure des feuilles.
    Ronces, noisetiers, Prunus sp.
    Hespérie de la mauve
    Pyrgus malvae
    La chenille de ce papillon diurne se nourrit de feuilles.
    Fraisiers, framboisiers, ronces.
    Flamme
    Endotricha flammealis
    La chenille de ce papillon de nuit se nourrit de feuilles, puis de litière à l'automne.
    Noisetiers et autres arbres.
    Coleophora potentillae Les chenilles de ces papillons de nuit minent les feuilles.
    Ronces, Prunus sp., rosiers, fraisiers, groseilliers, cassissiers, pommiers.
    Stigmella aurella Ronces, fraisiers, framboisiers.
    Stigmella aeneofasciella Fraisiers.
    Rhynchite coupe-bourgeon
    Haplorhynchites caeruleus
    Ce charançon sectionne les feuilles et jeunes pousses.
    De nombreux fruitiers de la famille des Rosaceae (Prunus sp., pommiers, poiriers, sorbiers, néfliers, cognas­siers).
    Bupreste du fraisier
    Coroebus elatus
    La larve de ce Coléoptère creuse des galeries dans les racines.
    Fraisiers.
    Mouche mineuse
    de la potentille

    Agromyza potentillae
    Ses larves minent les feuilles.
    Fraisiers, framboisiers, ronces et rosiers.
    etc. etc.
    etc.


    Flamme

    Hespérie de la mauve

    Stigmella aurella

    Rhynchite coupe-bourgeon


    Par ce tableau, nous ne voulons pas insinuer que l'aigremoine est une plante compagne exceptionnelle. En tant que Rosaceae, elle apparaît comme particulièrement intéressante face aux attaques sur d'autres Rosaceae comme le fraisier, la ronce ou les arbres fruitiers les plus communs, mais de nombreuses espèces le sont tout autant. Par ailleurs, certains des invertébrés listés ici préféreront peut-être l'une ou l'autre de nos plantations à l'aigremoine. Mais, attendu que toutes les plantes spontanées sont justement d'excellentes compagnes, le tableau ci-dessus donne, selon nous, un tout petit aperçu de l'influence que peut avoir une zone sauvage très diversifiée sur les cultures dans un jardin.


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    lundi 10 avril 2017

    La courgette de A à Z (presque)

    SEMIS, plantation, entretien, pollinisation, semences... Prenez donc 20 minutes pour tout savoir (ou presque) sur cette Cucurbitacée que l'on appelle courgette ! Une vidéo de la chaîne Permaculture, Agroécologie, Etc...


    Pour soutenir Damien et la chaîne Permaculture, Agroécologie, Etc. : voir à la fin de la vidéo.
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    lundi 27 mars 2017

    La symbiose


    LA symbiose, la vie ensemble sous un regard biologiste, est une association intime et plus ou moins durable entre deux organismes d'espèces différentes. La durabilité est relative : pour qu'il y ait vie en commun (officiellement !), cela doit représenter une part significative dans la durée de vie d'au moins l'un des deux organismes.

    C'est une affaire de relations. Selon les points de vue, on peut considérer que la symbiose ne recouvre que les relations dont chacun des partenaires tire des bénéfices (symbiose mutualiste), ou alors qu'elle peut s'étendre jusqu'aux relations dont l'un des deux obtient un avantage, tandis que cela a un coût pour l'autre (parasitisme). On a tendance à voir ce dernier type de relation comme négative, mais l'est-ce absolument ? Pour qui ? On reviendra sur cette question plus loin.

    C'est une affaire d'évolution. Les symbioses mutualistes trouvent probablement très souvent leur origine dans des relations prédateur-proie, hôte-parasite. Chacune des espèces a pour logique d'assurer sa propre survie. Mais elle peut au cours de son évolution expérimenter que tirer parti des spécificités d'une autre espèce, sans la détruire, en construisant un relatif équilibre de cohabitation et d'échange, c'est peut-être pas mal aussi pour améliorer sa survie.

    Il est même concevable que l'évolution des espèces soit mue par ce « sentiment » de plus en plus fort d'interdépendance. La logique du vivant tend à la complexité et à la diversité – si on exclut la pression qu'exerce aujourd'hui l'homme sur son milieu, cet « animal à part »... Pour une espèce, assurer sa survie, ce qui est le point de départ, devient potentiellement assurer la survie d'une très grande diversité d'espèces et la création de choses (de relations, d'organismes même...) plus complexes puisque tout est en relation, tout est interconnecté, et que c'est dans la diversité et dans la complexité que l'on peut avoir accès à plus de fonctions, de solidité, de résilience... d'efficacité. Il s'agirait bien d'un système, d'un « tout » à faire fonctionner par et pour « chacun ».

    De ce point de vue, il y a des espèces qui ont des schémas beaucoup plus « élaborés » (sans aucun jugement de valeur) que d'autres. On pourra voir par exemple que les plantes sont plus expertes que les animaux (sans parler de l'homme) pour tirer parti des synergies que peuvent procurer leurs interactions avec l'autre, car plus expérimentées en la matière :
    « Le végétal fait appel à des organismes de substitution ou de renfort pour compléter l'accès à des ressources alimentaires spécifiques, assurer des mécanismes de reproduction nécessitant une mobilité, ou atténuer sa vulnérabilité aux herbivores » écrit Jacques Tassin dans son ouvrage À quoi pensent les plantes ? Ces organismes sont beaucoup plus de nature symbiotique par néces­sité, du fait de leur immobilité et de leur apparente vulnérabilité ; leur constitution même les met face au fait d'interdépendance.
    Quant à l'homme, semble plus que venu le temps pour lui de réaliser que sa nature technique, liée au grand développement de ses connexions neuronales, ne le positionne pas au-dessus du reste ni ne lui permet d'échapper à sa condition naturelle. Il fait bien partie de la nature, et est plus que jamais confronté à l'interdépendance aujourd'hui. On n'est rien sans le tout.


    DIFFÉRENTES SYMBIOSES CONNUES

    Les lichens, classés dans le règne des champignons, sont en fait des organismes composés, consistant en la symbiose d'une micro-algue (ou d'une cyanobactérie) et d'un champignon. Celui-ci fournit le gîte, l'eau et les éléments minéraux, et l'algue cède une partie de l'amidon pour la croissance du champignon, grâce à la photosynthèse. Le champignon, hétérotrophe comme les animaux, ne sait pas la réaliser. Cette symbiose permet la colonisation par ces organismes de milieux très hostiles, sans sol, très secs et soumis à des fortes températures. Par exemple, sur ces troncs de chênes en colline :


    Xanthorie des murailles (en jaune)
    Xanthoria parmetina

    ?? (y a-t-il un spécialiste
    dans la salle ?)

    Mousse de chêne
    Evernia prunastri

    L'intestin humain abrite un millier d'espèces de bactéries, comme Escherichia coli, et d'autres micro-organismes. La fameuse « flore intestinale » ou microbiote intestinal représenterait chez un adulte en moyenne 1,5 kg de biomasse. Cette population serait dix fois plus élevée que le nombre de nos propres cellules.

    Bactéries intestinales
    Escherichia coli
    Les bactéries ont un rôle favorable dans la digestion, dans la nutrition (elles produisent des vitamines dont nous avons besoin), dans la régulation du système immunitaire et empêchent la colonisation par des organismes pathogènes, ainsi que bien d'autres rôles certainement à découvrir. Par exemple, une étude de 2013 montre que la plus ou moins grande richesse bactérienne a un rôle sur les maladies liés à l'obésité, cardio-vasculaires, les troubles hépatiques, le diabète, les allergies, etc. Elles produisent également des substances similaires aux neurotransmetteurs et pourraient être ainsi en communication avec le cerveau.
    Bref, avec tout ça, qui sommes-nous réellement, on vous le demande ?!

    Voir en ce sens la « théorie endosymbiotique », en presque fin d'article.

    Les ruminants, quant à eux, doivent leur capacité à digérer la cellulose grâce aux bactéries symbiotiques de leur estomac.

    La plupart des plantes de la famille des Légumineuses (pois, haricots, fèves...) peu­vent réaliser des symbioses avec différentes souches de bactéries du genre Rhizobium. La plante les « attire » en émettant une sub­stance par ses racines. Cette association permet à la plante d'obtenir un apport nutritif issu de l'azote atmosphérique, transformé par ces bactéries. Celles-ci sont capables d'induire la formation de nodosités, de petites boursou­flures dans le système racinaire de la plante, qui leur met ainsi à disposition un gîte (ces nodosités) et leur fournit du carbone provenant de la photosynthèse.

    Nodosités sur des racines de trèfle
    aggloméré, Trifolium glomeratum.
    Précisons que cette symbiose entre végétaux et bactéries fixatrices d'azotes existe aussi pour des espèces d'autres familles, comme par exemple chez les aulnes, les éléagnus et l'argousier avec les bactéries du genre Frankia.


    LE CAS DES MYCORHIZES
    La mycorhize est une association symbiotique entre les racines d'un végétal et les hyphes – les filaments souterrains – d'un champignon. Celui-ci va chercher, par ses larges capacités d'exploration, les ressources minérales solubles (phosphore, azote, oligo-éléments) et l'eau pour la plante, tandis que cette dernière, capable de faire la photosynthèse, l'alimente en sucres simples pour pourvoir à ses besoins énergétiques.
    Il est probable, d'après les recherches scientifiques réalisées, que les premières formes de mycorhizes soient apparues au même moment que les premières plantes terrestres, il y a environ 450 millions d'années. Cela peut laisser penser qu'elles ont même été le moyen de faciliter la colonisation des terres émergées, par leur capacité à extraire l’eau et les minéraux du sol. En fait, la relation mycorhizienne par ses effets fonctionnels multipliés (synergie de la symbiose), permet la vie des espèces ainsi en symbiose dans des milieux très hostiles où elles ne pourraient probablement pas survivre isolément. Cela peut être des milieux très froids comme très chauds par exemple. La symbiose est une alliance pour la vie en quelque sorte.

    Ainsi, l'association symbiotique entre les racines des arbres des forêts tempérées et boréales et les champignons ectomycorhiziens (voir schéma ci-dessous) est quasiment une règle, c'est une nécessité pour ces forêts. L'association permet aux champignons de survivre dans des sols très froids, gelés en hiver, et les champignons protègent les racines de l'arbre de la dessiccation dans les cas de fortes sécheresses estivales, comme nous en connaissons régulièrement ces dernières années.

    Les champignons ectomycorhiziens forment un manchon qui enveloppe la racine. Ils restent surtout en surface, mais se glissent aussi entre les cellules de la plante (par opposition aux espèces endomycorhiziennes, plus répandues, qui pénètrent dans les cellules mêmes de la racine).

    On se rend compte aujourd'hui que les mycorhizes jouent bien des rôles en faveur de l'écosystème entier. Il y a sans arrêt de nouvelles découvertes dans ce domaine. Nourriture, prévention contre les pathogènes, contre la sécheresse... Elles sont connectées à tout le réseau fongique du sous-sol qui permet de relier les éléments entre eux et de constituer ainsi un puissant outil de communication. C'est notamment pourquoi la forêt est le modèle le plus autonome et le plus productif, comparé aux déserts de vie que l'on a créé en zones agricoles, sous perfusion d'intrants.

    Au moins 90 % des familles de plantes terrestres – mais on est loin de tout savoir – sont concernées par des relations mycorhiziennes. Sans compter les relations bactériennes, car la plante comme les animaux, et nous les humains, a un microbiote qui joue de nombreux rôles. Il n'est pas besoin de chercher à tout savoir car même si les découvertes sont nombreuses et en plein essor dans ce domaine longtemps négligé, la réalité complexe des systèmes échappe forcément à nos perceptions analytiques. Cette petite fenêtre permet simplement de prendre conscience de l'importance de la vie, qu'elle soit n'importe où, dans le corps ou dans le sol, considéré par ceux qui ont façonné l'agriculture moderne comme un substrat inerte, au mieux rempli de microbes contre lesquels tous les moyens sont bons.


    SYMBIOSE ET ÉVOLUTION

    La relation symbiotique, nous le disions, est une affaire d'évolution. Une symbiose mutualiste peut provenir d'une relation hôte-parasite qui a évolué et inversement.

    Petite parenthèse comme promis sur le parasitisme : cette relation biologique est essentiellement perçue comme négative. L'est-ce réellement ? Tout le monde a besoin de manger. La destruction fait partie de la vie, elle nourrit la vie, et a sa fonction dans le système.
    Dans un système où tout est lié, « la mort est un cadeau fait à la vie » pour reprendre les mots de l'agronome Hervé Coves. On peut regarder où l'on n'a pas l'habitude de regarder et voir qu'un champignon peut contribuer à recycler la nécromasse de son hôte au profit de leurs deux descendances.
    On pourrait même penser que la destruction liée au parasitisme est loin d'être un « mal qui vient frapper » par malchance. Elle a son rôle à jouer dans le système, tout comme l'on peut observer que les espèces animales détritivores comme certaines limaces se tournent plutôt vers les éléments plus « faibles », qui ne remplissent plus leur fonction de façon adéquate (bon, elles aiment bien nos semis tout frais aussi !).

    Parfois, dans certaines associations myco­rhiziennes, l’un des partenaires obtient un bénéfice sans réciprocité apparente. On peut citer comme exemple les plantes myco­hétérotrophes. Ces espèces aux capacités photosynthétiques nulles ou réduites (comme beaucoup d'orchidées) obtiennent leur carbone d'un champignon mycorhizien, lui-même le récupérant d’un autre partenaire chlorophylien. Ainsi, la nourriture transite d'une plante à l'autre par le réseau mycélien mais, pour le moment, le champignon ne semble pas recevoir de contrepartie dans cette histoire... La plante serait donc un parasite du champignon !

    Le monotrope uniflore (Monotropa uniflora) est une plante mycohétérotrophe connue pour parasiter des champignons de types russules et lactaires.

    Parfois, la symbiose mutualiste est si efficace et donc si stable dans le temps qu'elle fait évoluer et modifie au moins l'un des deux organismes lui-même. Beaucoup de champignons symbiotiques ont perdu au cours de leur évolution la plupart des enzymes permettant de dégrader la lignine et les polysaccharides, comme la cellulose, accumulés dans le sol et la paroi de la plante. Une relation de dépendance se créé donc pour obtenir des sucres et de l'énergie de la ou des plantes hôtes. En échange, les champignons fournissent aux plantes l'accès à un « incroyable répertoire de gènes de communication et de signalisation » (communiqué de presse du CNRS, septembre 2016).


    « THÉORIE ENDOSYMBIOTIQUE »

    Et puis parfois, en évoluant, la relation devient un seul organisme ou un organisme composé. C'est l'histoire de la théorie endosymbiotique : les eucaryotes – les êtres aux cellules complexes que sont les animaux, les plantes et les champignons – ont des cellules qui proviennent d'associations symbiotiques d'organismes procaryotes (qui ont des cellules simples comme les bactéries).

    Une représentation des Empires et Règnes de la vie.

    L'analyse de la mitochondrie (la « centrale énergétique » à l'intérieur des cellules animales et végétales) ainsi que celle des chloroplastes (sièges de la photosynthèse chez les végétaux), montre qu'à l'origine il s'agit probablement d'organismes procaryotes distincts qui se sont phagocytés (un organisme a absorbé l'autre) !



    Pour Lynn Margulis, microbiologiste américaine qui a bataillé pour porter cette théorie aujourd'hui reconnue scientifiquement (face à la pensée néodarwinienne* qui a longtemps prédominé bien qu'incomplète), la symbiose est même un facteur clé de l'évolution des espèces qui est orientée par des phénomènes de coopération, d'interaction et de dépendance mutuelle entre organismes vivants.

    Et c'est là que nous revenons au début de notre propos. Il y a primairement la nécessité d'adaptation et de survie de l'espèce, mais qui s'oriente finalement vers le service d'un tout, du fait de l'interdépendance expérimentée. Quand cela est nié, la survie est moins efficace et ne peut durer.
    * Selon cette théorie qui a longtemps prévalu, les seuls mécanismes acceptables de l'évolution sont des mutations aléatoires du patrimoine génétique, et une sélection naturelle de différences dues au hasard.


    EN PRATIQUE

    Ces considérations rappellent l'étude « permaculturelle » (s'il faut mettre une étiquette...) des systèmes, du design, des patterns. La relation du tout aux parties, et des parties au tout : la symbiose équilibrée permet des effets fonctionnels multipliés, en associant les fonctions de chacun des partenaires. On n'obtient pas 1+1=2, mais plus. C'est de l'efficacité.

    Alors en s'intéressant à la symbiose on peut comprendre que des moyens efficaces de « nourrir » ses plantes potagères par le non-agir peuvent être de :

    - cultiver des Légumineuses et autres familles s'associant à des bactéries fixatrices d'azotes ;

    - mais en fait diversifier au maximum les familles de plantes car il y a des spécialisations, par exemple certaines familles vont favoriser la biodisponibilité du phosphore minéralisé en s'associant avec des champignons symbiotiques qui le permettent ; et même diversifier à l'intérieur des familles, par exemple les Légumineuses s'associent avec des bactéries rhizobium de souches différentes selon les espèces (certaines de ces bactéries synthétisent plus ou moins l'azote atmosphérique) ;

    Maïs, amaranthes, cosmos, courges et
    haricots sur une même zone de culture.

    - favoriser la mycorhization, et tout le réseau mycélien (l' « internet » du sous-sol), en n'ajoutant aucun traitement et en incorporant de la lignine (du bois) à son système ; en évitant aussi un maximum les tailles qui non seulement affaiblissent la plante mais réduisent sa capacité de photosynthèse et la rendent donc moins intéressante pour les champignons mycorhiziens qui peuvent trouver d'autres compagnes plus prolifiques... (eh oui, quand on tond la pelouse, il se passe aussi des choses sous nos pieds, cela modifie les communautés fongiques du sous-sol) ;

    - attirer les animaux (qui rendent tout un tas de services et apportent du phosphore) en leur offrant le gîte et le couvert donc en favorisant les zones sauvages et la biodiversité (c'est redevenu une nécessité d'action car on a créé des déserts de vie) ;

    - et puis laisser faire l'expérience, car les interactions sont si complexes ! Cela dépend du milieu, donc cela nous échappe via le prisme des bonnes recettes. Une recette peut bien marcher quelque part et ne pas fonctionner ailleurs, ce ne sont toujours que des interactions, on ne peut donc raisonner en terme d'action isolée !

    - cela rejoint l'idée d'expérience : continuer le travail de faire évoluer ses semences dans son milieu car ce sont elles qui savent.

    - ...

    Dans une certaine mesure, on peut créer les relations qu'on veut, dessiner les stratégies qu'on veut pour assurer nos besoins. Alors si nous regardions simplement la nature autrement qu'une jungle dangereuse qu'il nous revient de maîtriser, nous nous regarderions autrement, et nous changerions peut-être même nos relations sociales...


    Pour aller plus loin :

    - L'endosymbiose, chez les insectes notamment : Endosymbiote, Wikipédia.

    - M.-N. CORDONNIER, Comment les plantes choisissent leurs bactéries, Pour la science, août 2015.

    - J. TASSIN, À quoi pensent les plantes ?, éd. Odile Jacob, 2016. Cf. chapitre VI sur la symbiose, notamment sur la relation mutualiste, quasi symbiotique, voire « manipulatrice » des plantes avec les animaux : la « coévolution (des plantes et des animaux) s'est manifestée par un prolongement de la plante vers l'animal dont elle a très opportunément emprunté la locomotion qui lui faisait défaut. » Voir, par exemple, les phénomènes d'alliance de certaines espèces d'arbres avec des fourmis... - Un exemple d’intrigante manœuvre, celui de l'Acacia drepanolobium : P. BARTHÉLÉMY, Comment un arbre mène des fourmis à l'esclavage, Passeur de Sciences, novembre 2013.

    - Un champignon symbiotique facilite l'adaptation des arbres à la sécheresse [en ligne], CNRS, septembre 2016.


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    mercredi 15 mars 2017

    La tomate de A à Z (presque)

    TOUT au long de l'année 2016,  nous avons partagé sur ce blog les vidéos Mois par mois au jardin. de la chaîne Permaculture, Agroécologie, Etc..., avec l'aimable autorisation de Damien.
    Histoire de ne pas en rester là, nous publions aujourd'hui cette vidéo sur la tomate... et d'autres légumes de (presque) A à Z viendront sans doute s'y ajouter bientôt !


    Pour soutenir Damien et la chaîne Permaculture, Agroécologie, Etc. : voir à la fin de la vidéo.
    Pour soutenir La Graine Indocile : c'est ici.

    lundi 27 février 2017

    La bourse-à-pasteur - Capsella bursa-pastoris (L.)


    LA capselle bourse-à-pasteur est une herbacée annuelle de la famille des Brassicacées, très répandue en Europe, qui pousse très rapidement et peut fleurir toute l'année.
    Elle forme d'abord une rosette basale (feuilles étalées en cercle sur le sol), puis une tige dressée et velue pouvant atteindre 50cm, qui portera des grappes de petites fleurs blanches et, enfin, de petits fruits triangulaires et aplatis.
    Certains attribuent l'origine du nom bourse-à-pasteur au fait que les bergers d'autrefois portaient une bourse en forme de cœur plat, semblable à ces fruits. D'autres insistent sur le fait que le fruit (plus précisément, il s'agit d'une silicule) est non seulement plat mais semble vide par ailleurs, comme l'était généralement la bourse d'un pasteur.

    Quant au nom du genre Capsella, il signifie petite boîte en latin, ce qui évoquerait là aussi la silicule contenant les graines.
    C'est d'ailleurs grâce à la forme de ces silicules que l'on peut aisément reconnaître le genre Capsella.

    SAVOUREUSE ET MÉDICINALE

    Toute la plante est comestible, mais ce sont surtout sa rosette et les jeunes feuilles de la tige qui sont intéressantes. Consommées en salade ou comme légumes cuisinés, leur saveur est proche du chou ou du cresson (selon les avis). Les fleurs sont sucrées, tandis que les fruits verts ont un goût de moutarde.
    En Chine et en Corée du Sud, la plante est cultivée comme légume. Au Japon, elle fait partie des sept plantes sauvages consommées traditionnellement lors d'une fête ancienne appelée nanakusa no sekku (fête des sept herbes).


    À gauche : rosette de Capsella bursa-pastoris
    À droite : feuille de la tige, fleurs et fruit.

    Par le passé, en Europe et sur tout le pourtour méditerranéen, C. bursa-pastoris a plutôt été reconnue pour ses qualités condimentaires (racine et graines) et surtout pour ses vertus hémostatiques (fait cesser les saignements). En effet, la hampe florale contient des substances astringentes (tanins) et antihémorragiques (vitamine K), efficaces pour soigner les coupures, traiter l'hypertension, l'hémophilie, les règles abondantes, la mauvaise circulation sanguine, les hémorroïdes, les varices, la diarrhée... en infusion ou en cataplasme. Pour ces mêmes raisons elle est fortement déconseillée aux femmes enceintes (propriétés abortives), aux personnes traitées contre l'hypertension, ayant des problèmes cardiaques ou thyroïdiens.
    Mais la bourse-à-pasteur contient d'autres substances intéressantes, notamment de la vitamine C, du potassium, du calcium et des flavonoïdes (antioxydants).

    Selon la théorie des signatures (très répandue en Europe jusqu'au XVIIIe siècle) qui déduit les propriétés médicinales d'une plante en observant sa forme, les fruits en forme de cœur de la bourse-à-pasteur pris en tisane auraient la vertu de soigner les chagrins d'amour !
    Nous ne vous souhaitons pas d'avoir à tester la chose mais, au cas où, c'est une petite poignée de fruits frais à infuser dans un demi-litre d'eau, et à boire pendant 8 jours...


    CONFUSIONS

    Il est vraiment intéressant de reconnaître C. bursa-pastoris en hiver car, comme bon nombre de salades sauvages, c'est au stade de rosette qu'elles sont le plus tendres et agréables en goût. Pour cela, un brin d'entraînement sera nécessaire ; en effet, on peut aisément confondre cette rosette avec celle du coquelicot. Au demeurant ce n'est pas bien grave, cette dernière étant tout aussi savoureuse...

    Silicule de la bourse-à-pasteur
    En période de floraison, une confusion est possible avec les tabourets du genre Thlaspi et avec la passerage des champs. Mais la forme des fruits est bien différente (voir photos).
    Plus rare, mais tout de même présente en France, l'espèce Capsella rubella appelée bourse-à-pasteur rougeâtre est reconnais­sable à ses fleurs teintées de rouge et un peu plus petites.


    Silicule Thlaspi arvense
    (tabouret des champs)

    Silicule de Lepidium campestre
    (passerage des champs)

    Inflorescence de Capsella rubella
    (bourse-à-pasteur rougeâtre)


    UNE COMPAGNE AU JARDIN

    Les graines de la bourse-à-pasteur sont très appréciées des oiseaux, et donc des poules.
    Quant aux fleurs, bien que capables de s'autoféconder, elles attirent divers pollinisateurs : chrysopes, abeilles sauvages, papillons, syrphes...


    Aphis craccivora
    (puceron noir de la luzerne)
    La plante peut aussi nourrir une grande quantité d'insectes considérés comme nuisibles aux cultures : de très nombreuses espèces de pucerons, des punaises, des chrysomèles, l'altise du chou, des charançons, des mouches mineuses, des cécidomyies (moucherons provoquant des galles), ainsi que les chenilles de l'aurore, de la piéride du chou et de certaines phalènes.
    Une telle énumération devrait inciter les jardiniers à éliminer au plus vite cette plante porte-malheur et son flot de menaces potentielles ; mais pour nous autres qui cherchons à accueillir une biodiversité toujours plus riche, le maximum d'espèces (« ravageurs » et « auxiliaires » confondus) pour un écosystème le plus équilibré possible, une telle plante est une aubaine !

    En effet, non seulement la présence de C. bursa-pastoris au jardin peut attirer les insectes précédemment cités (et par conséquent leurs prédateurs), mais elle en détournera une bonne partie de nos cultures.


    UNE PIONNIÈRE TOUT-TERRAIN

    En tant que Brassicacée, la bourse-à-pasteur peut pousser sur des terrains déstructurés et épuisés, sans besoin d'une vie fongique ou bactérienne dans le sol avec lesquelles développer des symbioses. C'est pourquoi bon nombre de Brassicacées (brocoli sauvage, fausse roquette, ravenelle...) sont généralement considérées comme des mauvaises herbes dont il est difficile de se débarrasser, d'autant qu'elles sont résistantes à certains herbicides (attention à la cueillette !).

    Son habitat naturel est une terre calcaire de vallée alluviale à fort contraste hydrique. Elle est ainsi très présente dans les jardins, les champs, les friches et les terres de remblais où le sol fortement compacté est tour à tour gorgé d'eau puis desséché. La vie aérobie (bactéries ayant besoin d'air) y est absente, ce qui entraîne un blocage du phosphore et du potassium.
    Comme toutes les Brassicacées, la bourse-à-pasteur est capable de débloquer ces éléments, c'est-à-dire de les assimiler et de les rendre disponibles aux autres plantes, tout en décompactant le sol à l'aide de sa racine pivotante.

    Considérée comme nuisible aux cultures pour toutes les raisons évoquées, elle fait en réalité partie de ces plantes qui peuvent commencer à régénérer les sols les plus maltraités.



    UNE PROTOCARNIVORE, C'EST-À-DIRE ?

    Dans les années 70, les biologistes Barber et Page de la Tulane University (Nouvelle-Orléans) ont réalisé une étude sur la graine de Capsella bursa-pastoris, afin de déterminer le potentiel des graines mucilagineuses dans le contrôle des larves de moustiques.


    Larves de moustiques Culex pipiens quinquefasciatus piégées par une graine de C. bursa-pastoris.

    Ils ont ainsi démontré que, lorsqu'on la plonge dans l'eau, la graine de bourse-à-pasteur sécrète un mucilage (sorte de gelée devenant visqueuse au contact de l'eau) contenant un appât chimique qui peut attirer de nombreuses larves de moustiques (jusqu'à 20 par graine), lesquelles se retrouvent rapidement piégées, leur brosse buccale collée au mucilage. Via celui-ci, la graine libère une toxine qui tue les larves, mais aussi des enzymes capables de transformer les protéines de ses proies en acides aminés, absorbés ensuite lors de la germination pour nourrir la plantule !
    Cependant, dans la nature, une graine enfouie dans le sol aura peu de chance de tomber sur une larve de moustique (purement aquatique) pour s'en nourrir ; aussi, d'autres études ont montré par la suite que la graine de C. bursa-pastoris peut aussi attirer, tuer et digérer des nématodes, des protozoaires et des bactéries.
    Ces dernières expériences étaient encore en cours lors des derniers écrits de Barber en 1978, et aucune étude plus récente ne semble avoir été publiée pour le moment.

    Ceci dit, c'est peut-être grâce à cette étonnante capacité que la bourse-à-pasteur peut pousser sur des sols pauvres en nutriments tout en partant de graines extrêmement petites (de l'ordre de 0,2mg), donc incapables de stocker de grandes réserves de nourriture.
    En 78, Barber se refuse toutefois à qualifier la bourse-à-pasteur de plante carnivore, car il n'a pas été prouvé qu'un spécimen nourri de protéines animales soit en meilleure santé qu'un autre privé de cette même nourriture.
    De nos jours, l'espèce demeure qualifiée de protocarnivore (ou paracarnivore), en attendant que les bénéfices tirés de cette nourriture par la plante soient quantifiés.


    En lien avec cet article :
    Des mauvaises herbes ?



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