Onglets


  • jeudi 1 décembre 2016

    Décembre au jardin

    CE mois-ci, Damien boucle la boucle avec cette ultime vidéo de la série Mois par mois au jardin. Au programme pour amorcer l'hiver : boutures, marcottes, divisions, plantations fruitières, semis en intérieur, etc. !
    Bonnes fêtes à tou-te-s et bonne vidéo !


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    jeudi 17 novembre 2016

    Un bon paillage vaut 235 arrosages (environ)

    CONNAISSEZ-VOUS ce dicton paysan : "un binage vaut deux arrosages" ? En effet, sur un sol travaillé et laissé à nu, mettre un coup de binette ou de houe permet de briser la croûte formée en surface par le soleil, le gel ou le battement de la pluie. Ainsi l'eau pénètre mieux et l'on arrose deux fois moins.

    Mais passer son été à biner pour arroser tous les deux jours au lieu de chaque jour, c'est tout de même beaucoup d'énergie dépensée ! Surtout quand une simple couverture du sol permet de ne presque plus arroser...


    PAILLER !

    Voilà pas mal d'années que nous vantons cette technique sans relâche, mais aucun article ne le détaillait dans ces pages. Alors allons-y !


    Un paillage conserve l'humidité dans le sol en limitant l'évaporation ; il protège la terre des brûlures du soleil, de l'érosion du vent, du tassement et du lessivage par les pluies battantes ; il limite la levée des herbes non-désirées ; et, s'il est organique, il nourrit le sol en se décomposant. Servant à la fois d'abri et de nourriture, il favorise aussi le développement de la vie souterraine qui aère, enrichit et structure le sol, attirant du même coup de nombreux prédateurs de toutes sortes, qui réguleront les populations d'éventuels ravageurs. Il est donc essentiel de ne jamais marcher sur une zone de culture pour préserver à tout prix cette vie du sol et ne pas détruire son travail de décompactage.


    Notons que, par habitude, nous utilisons le mot paillage comme un terme générique, synonyme de couverture du sol. D'aucuns préfèreront parler de paillage ou de paillis uniquement lorsqu'il s'agit de paille, et de couverture ou de mulch (anglicisme) pour les autres matériaux. Faites comme vous voulez !

    Bref, pour pailler ou mulcher, à peu près n'importe quelle matière organique est intéressante : feuilles, écorces et branchettes d'arbre, paille, laine, etc. Il est préférable d'utiliser des matières qui n'ont pas subi de traitement chimique, cela perturberait grandement la vie du sol et donc les plantations.

    Il est également possible d'utiliser des pierres ou des tuiles pour protéger le sol et le tenir au chaud. Indirectement, un couvert minéral nourrira tout de même le sol, grâce à l'activité des nombreux animaux qu'il abritera (cloportes, mille-pattes, araignées, perce-oreilles, staphylins, lézards, orvets...)


    Pour notre part, selon les cas, nous utilisons de la paille bio, le broyat résultant d'une taille d'arbre, du mulch forestier (feuilles mortes de chênes, de frênes...), ou encore tout ce que nous récupérons en débroussaillant, en taillant ou en désherbant. Les meilleurs matériaux sont en réalité ceux dont on dispose sur place ! Tous ont leurs avantages et inconvénients : plus ou moins faciles à utiliser, plus ou moins énergivores à produire, gratuits ou payants, plus ou moins résistants au vent...

    Nous avons déjà évoqué les différents mulchs utilisables dans l'article
    Qu'est-ce qu'une butte en permaculture ?


    Le meilleur exemple de l'efficacité du paillage est bien sûr celui fourni par la nature en forêt : régulièrement, les arbres perdent des feuilles, des brindilles, des branches qui couvrent tout le sol d'une épaisse litière où grouille la vie.

    Filaments de champignon dans la paille

    Ainsi, cette litière est peu à peu décomposée par les vers, les insectes, les champignons, les bactéries..., créant une couche d'humus extrêmement fertile et léger, que de nouveaux débris végétaux viennent recouvrir, etc., etc.
    Pour reproduire ce schéma sur un jardin, il suffit donc d'apporter un maximum de végétation et de la matière organique en décomposition, la seconde étant peu à peu produite par la première.


    DÉPAILLER ?

    D'aucuns recommandent de dépailler à telle ou telle période, généralement au printemps, afin que la terre se réchauffe plus vite. Cette stratégie est intéressante dans les régions où l'hiver est particulièrement rigoureux, mais attention aux gelées tardives qui pourraient fortement nuire à la vie du sol ! Pour notre part, nous faisons le choix de garder la vie du sol à l'abri en permanence, comme le fait la nature, donc nous ne laissons jamais nos zones dépaillées... sauf pour un semis direct de petites graines.

    La question revient souvent de savoir comment l'on peut semer lorsque le sol est couvert. En fait, il suffit généralement de regarder la taille de la graine : les grosses graines comme le maïs, le haricot ou la courge traversent 10cm de paillage sans problème (et même 20cm pour la fève). Par contre, pour semer en direct des carottes, radis, laitues, etc., on est forcé de dépailler le temps que ça pousse. On peut tout de même "saupoudrer" un paillage extrêmement léger qui ne gênera pas le semis et protègera un minimum le sol.

    On a un peu poussé la paille
    pour semer de la moutarde.


    L'ARROSAGE

    Au printemps, l'épaisseur de la couverture est donc assez variable. Il est même possible de rajouter de la matière régulièrement au fur et à mesure que les plantations poussent. Des arrosages plus ou moins réguliers sont donc nécessaires (en fonction des pluies), pour les jeunes semis et les plants nouvellement transplantés.
    Mais fin-juin début-juillet, lorsque la plupart des plantes potagères d'été ont bien grandi, nous rajoutons du paillage sur tout le potager jusqu'à atteindre, par exemple pour de la paille céréalière, au moins 20cm d'épaisseur. Et dès lors, nous n'arrosons plus le potager que toutes les 2 ou 3 semaines... s'il ne pleut pas, car s'il pleut régulièrement, nous n'arrosons plus de toute la saison !

    Précisons que ces arrosages peu fréquents sont, par contre, relativement abondants, à raison d'un arrosoir (15L) pour 3 ou 4 plantes, afin d'aider les racines à plonger profondément et à gagner en autonomie.

    En 2016, l'été exceptionnellement sec a nécessité que nous arrosions certaines zones tous les dix jours.

    Votre chien consomme trop d'eau ? Paillez-le !


    LE COMPOSTAGE DE SURFACE

    Un autre avantage important du paillage est que l'on peut aussi y enfouir de la matière organique fraîche, comme la tonte d'un chemin, la fauche d'un engrais vert ou du fumier. Ces matières riches en nutriments ainsi abritées se compostent directement aux pieds des cultures et nourrissent le sol, au lieu de sécher au soleil et de perdre une grande partie de leur richesse dans l'atmosphère.
    De la même manière, on peut enrichir son sol tout au long de l'année en déposant ses épluchures de cuisine çà et là sous le mulch.




    PATIENCE...

    Cette belle couverture humide offerte au sol contente un grand nombre de petits animaux, et parmi eux les limaces ! D'innombrables stratégies plus ou moins contraignantes sont alors mises en œuvre par les jardiniers-pailleurs, pour freiner, piéger, noyer les mollusques voraces.
    Là encore, nous faisons le choix de faire confiance à la nature.
    Car un sol couvert et riche de vie fait aussi le bonheur des carabes, des staphylins, des lézards, des rongeurs... qui, eux, savent parfaitement réguler les limaces, du moment qu'on les laisse faire.

    Pour en savoir plus sur le jardinage avec les limaces (plutôt que contre) :
    Des nuisibles ?
    Les carabes


    jeudi 3 novembre 2016

    Novembre au jardin

    CE mois-ci, Damien nous propose de profiter de l'hiver pour faire un bilan de l'année et nous projeter sur l'avenir, mais pas seulement, car c'est le moment de planter des arbres fruitiers et pas mal d'autres choses ! Dans cette vidéo, il sera aussi question de marcottage, de paillage, de cueillette sauvage, et de l'intérêt de préserver les herbes hautes sèches au jardin.
    Bon visionnage !


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    lundi 31 octobre 2016

    La permaculture humaine : kézako ?

    COMME pour la permaculture tout court, chacun a sa propre définition de la permaculture humaine, et choisit de mettre l'accent sur les sujets qui lui font écho. Chez La Graine Indocile, quand nous évoquons la permaculture humaine, nous parlons des relations qu'a l'Homme avec lui-même et les personnes qui l'entourent.

    PERMACULTURE ET HUMANISME

    Partons de l'éthique de la permaculture :
    • prendre soin de la Terre,
    • prendre soin de l'Homme,
    • produire l'abondance et partager.

    Il est vrai que l'on parle souvent de la permaculture appliquée au jardin ; on explore trucs et astuces pour tenter de devenir maîtres dans l'art de transformer nos « déchets » en ressources (toilettes sèches, compost, récup' en tout genre, etc.). Mais imaginons que l'on n'arrive pas à s'entendre avec nos voisins, ni même avec notre entourage... Ne pourrait-on pas aussi composter les « déchets » de nos relations, et les transformer en ressources pour une meilleure communication ? Donner de la cohérence à tout cela ?

    De même que pour la permaculture au jardin, nous choisissons ici (et très souvent d'ailleurs !), de ne pas donner une liste exhaustive de « bonnes » ou « mauvaises » pratiques. Il s'agit de comprendre la philosophie qu'il y a derrière les mots permaculture humaine et d'utiliser librement les techniques qui sont à notre disposition. Mais dans quel but utiliser des outils de communication ? L'idée n'est pas d'amener l'autre à faire ce que l'on veut, mais plutôt d'essayer de se relier à l'autre pour mieux le comprendre, et pouvoir ensuite coconstruire, ensemble.


    Il est intéressant de faire le parallèle entre la permaculture et le mouvement humaniste. Ce que l'on retient de ce mouvement culturel et philosophique est qu'il a profondément confiance dans la nature humaine, qui tend selon lui vers une société idéale où chaque individu exploiterait son potentiel au service de lui-même et par conséquence du collectif. Stimulé par ses connaissances et sa curiosité, l'humaniste cherche à acquérir une certaine forme de sagesse, où son épanouissement coïncidera avec l'épanouissement des autres ; la thèse implicite pouvant être qu'un individu ne sera pleinement heureux que si son entourage l'est aussi.


    RESPONSABILITÉ ET BESOINS

    Carl Rogers

    Publication originale : Didius
    CC BY SA

    Carl Rogers, psychologue humaniste, donne une définition de la responsabilité qui nous paraît intéressante pour illustrer nos propos : « C’est la capacité d’un individu à se prendre en charge, à s’assumer et à se réaliser le plus entièrement possible. Être responsable c’est exercer le pouvoir sur notre vie en acceptant les conséquences de nos actes, de nos paroles, de nos silences, de nos gestes et de nos choix ; en cherchant en nous la source de nos malaises et de nos joies, de nos échecs et de nos réussites, de nos problèmes et de leurs solutions ; en ne laissant pas le passé nous tirer en arrière et limiter l’exploitation de nos potentialités présentes ; en travaillant à nous changer nous-mêmes plutôt que de blâmer les autres, de les juger, de les critiquer, de les contrôler et d’essayer de les changer quand ils sont déclencheurs de nos inconforts et de nos malaises ; en refusant de laisser aux autres le pouvoir de nous tenir responsable de leurs difficultés, de leurs émotions et de leurs besoins non satisfaits. [...]
    » Quand on a intégré la notion de responsabilité, on ne subit plus les autres et on ne subit plus les événements de la vie ; on développe progressivement une tendance à l’action qui nous devient naturelle et grâce à laquelle on connaît la libération intérieure, le succès et la satisfaction. »

    Être responsable, c'est aussi avoir conscience de ses propres besoins. Ce sont ici les besoins fondamentaux, dont, entre autres : les besoins physiologiques (manger, respirer, dormir…), le besoin de sécurité, le besoin psychologique (mon rapport à moi-même, me sentir en accord avec mes valeurs), le besoin social (besoin d'appartenance, de reconnaissance, etc.), ou encore le besoin de réalisation (pouvoir m'épanouir et me réaliser entièrement).


     
    La pyramide des besoins, d'après Abraham Maslow


    Donc pour transformer ses relations avec les autres, il est intéressant de commencer par soi. Chacun a son histoire, son vécu, ses ressources ou ses difficultés. Il peut être important de soigner ses blessures intérieures, de s'assumer, de se connaître. Chacun peut identifier ses besoins, ses limites, ses sentiments, ses émotions. Si l'on arrive à cultiver de l'empathie envers soi-même, on peut sortir du jugement et il est possible de porter enfin un regard bienveillant sur soi, acceptant ce qui nous limite. Il est donc plus facile de prendre soin de soi quand on en ressent le besoin, pour ensuite se donner les moyens de s'épanouir.
    De nombreux outils de développement personnel existent, à chacun le soin de choisir le(s) sien(s). Voici une petite liste quand-même (bien entendu non exhaustive et totalement subjective !!!) : les accords toltèques, la méditation, le do in, le yoga, le shiatsu, le qi gong, le tai chi, les pratiques taoïstes, etc.


    CONFLITS ET COOPÉRATION

    Que se passe-t-il dans une situation conflictuelle ?

    Une piste intéressante peut être de se pencher sur les travaux de Marshall B. Rosenberg, qui a développé ce qu'on appelle la Communication NonViolente ou CNV, souvent évoquée en permaculture. Il a défini un processus en quatre étapes permettant de sortir du discours de jugement, de comparaison, qu'on apprend selon lui depuis notre plus tendre enfance. Il développe ce qu'il nomme « la communication qui nous relie à la vie » : elle s'appuie sur ce qui se passe en nous-mêmes – et non sur notre jugement de ce qui se passe chez l'autre. Cela permet de se laisser surprendre par l'autre, et d'entrer en empathie avec lui. Nous vous laissons découvrir plus en détails cette approche, si cela vous intéresse.

    Après avoir appris à mieux gérer les conflits, pourquoi ne pas s'essayer à des outils d'organisation collective ?
    Ben oui, tout ça, ça donne envie de faire des choses ensemble car, comme dit le proverbe africain: seul, on va plus vite ; ensemble, on va plus loin, et certainement plus longtemps !
    Encore faut-il se servir des moyens qui le favorisent... Bonne nouvelle : il en existe des tas !!!
    L'idée est de sortir de la vision compétitive, au profit d'une vision plus coopérative. On échange le « ou » par le « et ». Au lieu de se demander qui arrivera là-bas en premier, pourquoi ne pas se poser la question : comment utiliser au mieux nos différences pour y arriver ensemble ?!
    La liste des méthodes existantes serait trop longue, et d'autres articles viendront bientôt pour en détailler certaines. Mais pour les curieux, voici quelques pistes à explorer : les cercles de parole, le mandala holistique, la prise de décision au consensus, l'élection sans candidat, les six chapeaux de Bono, le forum ouvert, le bocal à poissons, la sociocratie, l'holacratie... et on en passe.


    Ne nous arrêtons pas en si joyeux chemin, passons à l'étape d'après : pourquoi ne pas réfléchir à une organisation sociale et politique de notre territoire où chacun reprendrait sa citoyenneté en main et serait acteur des décisions ? Réfléchir à notre Constitution ? Réfléchir à notre système de frontières (les biorégions), d'échelle (nationales, locales, communautaires) ?

    Nous savons bien qu'un monde où tout le monde s'entendrait bien et aurait les mêmes points de vue n'existe pas. Mais peut-être peut-on essayer d'accueillir les différences avec bienveillance et tenter de les regarder de manière à les trouver riches et constructives...
    Il arrive que l'on se retrouve face à des situations conflictuelles ; elles font partie de notre chemin. À nous de les composter pour en faire un beau terreau fertile riche d'idées.
    Peut-être nos différences font-elles que notre coopération n'ira pas plus loin. Dans ce cas, ces outils nous permettront de comprendre pourquoi, et de faire nos choix sans regret ni frustration. Dans tous les cas, ces différences nous permettront d'explorer de nouvelles pistes et d'enrichir nos axes de réflexion.

    Ça donne envie, non ?


    POUR ALLER PLUS LOIN...

    Développement personnel (CNV, accords toltèques, éducation) :
    Marshall B. Rosenberg, Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs)
    Lucy Leu, Manuel de Communication NonViolente
    Don Miguel Ruiz, Les quatre accords toltèques
    Carl Rogers, Liberté pour apprendre
    André Stern, ... Et je ne suis jamais allé à l'école

    Tao, Zen, etc. :
    Tsai Chih Chung, Confucius, le message du bienveillant
    Huang-Di Nei-Jing : classique interne de l'Empereur Jaune
    Thích Nhất Hạnh, La plénitude de l'instant

    Outils d'organisation collective :
    Robina McCurdy, Faire ensemble.
    Université du Nous, Ses outils [en ligne]

    etc. !

    mercredi 26 octobre 2016

    Opération jardinage à Bras

    LE 23 octobre, nous avons animé une "opération jardinage" dans le centre de Bras (83), en partenariat avec la mairie. Avec le concours des quelques habitants et visiteurs (et de pas mal d'enfants !) qui ont osé braver le temps pluvieux, les olives de la place Bonnaud ont été récoltées et partagées.


     


    Puis nous avons planté des aromatiques, des plantes à petits fruits, des fèves et de l'ail, dans six jardinières nouvellement installées.





    Nous remercions la mairie de Bras pour sa confiance, Anne et Cécile pour avoir initié le projet, l'équipe du service technique, toutes les personnes présentes bien sûr, et Laetitia de la pépinière Terres de Sita pour les chouettes plants qu'elle a su nous proposer !

    En voici la liste, pour les futurs cueilleurs curieux :

    Agastache des rochers
    Casseillier 'Josta'
    Estragon du Mexique
    Fraisiers 'Blanche des Bois'
    Fraisiers 'Cirafine'
    Framboisier jaune 'Fall Gold'
    Framboisier rouge 'Heritage'
    Groseillier rouge 'Junifer'
    Groseillier blanc 'Versaillaise Blanche'
    Groseillier rose 'Gloire Des Sablons'
    Groseillier à maquereaux 'Captivator'
    Herbe à curry
    Menthe fraise
    Menthe orange
    Ronce sans épine 'Thornless Evergreen'
    Santoline
    Sarriette
    Sauge pourpre


     


    On peut transformer les espaces publics (à commencer par devant chez soi !) en lieux nourriciers, dont les récoltes appartiennent à tout le monde et à personne à la fois. C'est le principe des Incroyables Comestibles qui se répandent partout dans le monde.

    Espérons que les Brassois s'approprient l'entretien et les récoltes de ces nouveaux bacs... et que ce ne soit qu'un début !

    jeudi 20 octobre 2016

    Conférence : le monde mystérieux de l'arbre

    LES 15 et 16 octobre 2016 avaient lieu la Fête de la Forêt, à Tourves (83), un événement organisé par un collectif d'associations locales : Bzzz, Jardin de Reliance, Naturellement, Les Trésors de Tourves, Topase, les Colibris et la LPO PACA.
    On y retrouvait stands, animations, conférences, balades et pro­jections, pour une meilleure con­naissance des forêts locales et des menaces qui pèsent aujourd'hui sur elles, notamment leur surexploitation à des fins énergé­tiques par les centrales à biomasse de Brignoles (83) et Gardanne (13).

    Lors de ce week-end, La Graine Indocile proposait une conférence de Damien Dekarz, intitulée Le monde mystérieux de l'arbre, et dont nous avons le plaisir de vous livrer l'intégralité en vidéo !




    Un grand merci à toutes les personnes qui ont fait cet événement,
    par leur implication ou leur présence !

    jeudi 6 octobre 2016

    Les moustiques - Culicidae

    À n'en pas douter, le moustique est la bestiole la moins aimée de notre chère humanité éclairée. Il ne peut même pas se vanter de nous rendre phobique, comme la noble araignée ou la guêpe. Il se partagerait bien le podium avec la mouche, sauf qu'elle n'a pas l'outrecuidance de nous provoquer ces piqûres et démangeaisons désagréables. Certains scientifiques vont jusqu'à plaider que l'éradication des moustiques, au fond, ne changerait pas grand-chose dans nos écosystèmes...
    On l'aura compris, ils ne servent à rien. Si ce n'est à nous nuire, puisqu'ils se font surtout connaître pour leur rôle de vecteur d'agents pathogènes transmissibles à l'être humain. Mais qu'est donc bien venue faire cette bestiole dans la biosphère ?


    On a l'habitude de dire le moustique, la mouche, etc. En réalité, il en existe des milliers d'espèces. Pour faire un portrait un peu plus fin de ce diptère, la famille des Culicidés comporte plus de 3500 espèces répertoriées dans le monde, dont 200 piquent les animaux à sang chaud ou froid. Ils sont présents partout (sauf en Antarctique), dès qu'il y a un peu d'eau douce ou saumâtre stagnante. Mais les plus fortes densités sont en zone tropicale, puisque la température influence la durée de croissance (10 à 15 jours, c'est efficace pour renouveler les générations).

    Alors si l'on a besoin d'une approche utile / nuisible pour se convaincre encore de la nécessité de favoriser la plus grande biodiversité, voici des rôles moins médiatiques du moustique, qui peuvent intéresser l'homme (en vue de se nourrir par exemple ?)...


    PAS DE MOUSTIQUE, PAS DE CHOCOLAT !

    Tous les moustiques adultes ont principalement besoin d'eau et de sucre pour vivre, ils sont nectarivores. Seules les femelles de certaines espèces, après la fécondation et pour porter leurs œufs à maturité, ont besoin d'un apport en protéines qu'elles trouvent dans le sang des animaux. Les moustiques, sous leur forme aérienne adulte, ont donc en premier lieu un rôle de pollinisateur dans les écosystèmes.

    Là encore, la popularité n'étant pas au rendez-vous avec notre ami, leur « travail » dans ce domaine n'est pas très bien connu. Comme pour les autres diptères, ils jouent proba­blement un rôle majeur pour la pollinisation des petites fleurs, peu attractives pour les gros pollinisateurs.

    Cela est mieux connu pour le cacaoyer – qui produit des fruits dont on se préoccupe beaucoup – et qui dépend majoritai­rement de la pollinisation animale. Sa fleur est toute petite (1cm de long comme de large) et très tortueuse, si bien que seuls de petits insectes peuvent y pénétrer pour chercher le nectar et participer à la pollinisation, dont les moustiques en grand nombre sous les tropiques, aux côtés des fourmis.


    Fleur du cacaoyer
    (Theobroma cacao)

    Photo : Domste - CC BY-SA 3.0


    UNE PROIE DE CHOIX QUI NETTOIE

    Le moustique évolue selon 4 stades de développement, 3 aquatiques et 1 aérienne :

    1. l'œuf  -  2. la larve (qui mue plusieurs fois)  -  3. la pupe  -  4. l'imago
     Photos : domaine public

    La larve se nourrit de petits organismes présents dans l'eau (algues, bactéries, débris végétaux...) et est donc détritivore, elle nettoie. Elle contribue avec les autres formes de vie à l'épuration des eaux stagnantes. Elle peut filtrer jusqu'à 2 litres d'eau par jour.

    La larve fournit elle-même, par ses propres déchets, de l'azote naturellement disponible pour les plantes aquatiques. Elle est une nourriture abondante pour les larves de libellules et d'agrions, pour les dytiques, les poissons... De même que l'adulte est une importante source de nourriture pour de nombreux animaux : des arthropodes (araignées, mantes religieuses...), des poissons, des batraciens (grenouilles, crapauds), des sauriens (lézards, geckos), des oiseaux (hirondelle, martinet...), des chauve-souris...
    Sa présence en tant que proie est essentielle à l'équilibre de nombreux biotopes, en parti­culier ceux de type marécageux que nous connaissons bien dans le Sud de la France.

    Ce n'est pas un hasard si le moustique est l'une des formes de vie les plus productives en terme de multiplication. Par leur nombre considérable, les milliards de moustiques permettent de transférer une importante quantité de matière organique des milieux aquatiques aux milieux terrestres. Les larves de moustiques s'alimentent de très petites particules dans les eaux stagnantes, puis se transforment en moustiques adultes qui sont dévorés par divers prédateurs terrestres ou aériens. Toute cette biomasse vient enrichir la vie entière.



    C'EST LA LUTTE INFINIE...

    Mais voilà, les désagréments que nous connaissons dans nos contrées justifient, depuis de longues années déjà, la diffusion dans nos maisons de produits chimiques dont on ne connaît pas grand-chose, en serpentins à brûler, en pshitt pshitt à étaler, en plaquettes à brancher sur les prises électriques, etc., etc. Alors que soit dit en passant, constituent un rempart simple et efficace les moustiquaires ou les odeurs fortes de plantes qui les repoussent (citons, en-dehors de la citronnelle, la mélisse, les menthes fortes, le géranium odorant, l'eucalyptus citronné, le basilic à petites feuilles, le thym citron...). Et quand vous êtes piqués, n'oubliez pas le plantain !

    Grand plantain (Plantago major)

    Froissez ou mâchez une feuille de plantain pour en extraire le "jus", puis appliquez en massage sur la piqûre pour stopper la démangeaison.

    Ces désagréments deviennent tout à fait inacceptables lorsqu'ils influent sur l'activité économique et touristique de toute une région, et nécessitent pour le coup de bien plus gros moyens de lutte. Nous ne nous attarderons pas trop sur les opérations de démoustication qui ont lieu sur la côte méditerranéenne : drainage de zones humides, épandages de deltaméthrine (extrêmement toxique pour les poissons, les invertébrés d'eau douce, de nombreux insectes dont les abeilles) et épandages de Bacillus thuringiensis var. israelensis (reconnus toxiques pour d'autres espèces de diptères ; plusieurs études américaines ont montré une concentration progressive de Bt dans les cours d'eau et un impact croissant sur divers organismes aquatiques). Ces méthodes non-sélectives sont irréfléchies ; elles déséquilibrent les écosystèmes, déciment de nombreux insectes, réduisant du même coup et de façon alarmante les populations de prédateurs (affamés ou empoisonnés) : hirondelles et autres passereaux, libellules, araignées, chauve-souris... Quant au moustique, sa méthode de reproduction rapide et massive lui permet de s'adapter très vite à toutes sortes de situations, de développer des résistances aux poisons déversés et surtout, privés de bon nombre de ses prédateurs, de pulluler comme jamais.

    Pire encore, certains chercheurs camarguais pensent que les épandages répétés ont affaibli les moustiques locaux, pas bien dangereux pour l'homme mais fortement concurrentiels pour leurs cousins exotiques. De là à penser que les épandages ont contribué à la conquête par un nouveau venu de nos milieux, il n'y a qu'un pas.

    Et donc le voilà, Aedes albopictus, le fameux moustique-tigre venu d'Asie, plus « agressif » et vecteur de maladies. 

    Alors on passe au cran supérieur : un peu partout, mairies et conseils généraux distribuent des plaquettes de prévention censées nous enseigner comment éradiquer les moustiques en supprimant toutes les eaux stagnantes. Ces plaquettes et la plupart des sites internet tolèrent tout de même les bassins d'agréments, s'ils contiennent des poissons rouges et s'ils sont « régulièrement entretenus ».

    Assèchement et épandages meurtriers, il est donc toujours convenu que la seule manière de régler un déséquilibre environnemental est de se battre sans relâche ni espoir de victoire contre la nature. 


    Le moustique-tigre est souvent confondu avec d'autres espèces, mais il est facilement identifiable grâce à son vol lent : de petite taille, son corps est noir avec une ligne longitudinale blanche sur le dessus du thorax et de la tête, et des rayures blanches sur les pattes. Ses ailes noires ne comportent pas de taches.

    Photo : Snowyowls - CC BY-SA 2.5

    Sans oublier que supprimer un vecteur de maladies ne revient pas à supprimer la maladie elle-même. Car nous avons passé sur les manipulations génétiques qui se profilent pour empêcher la reproduction de ces individus, mais une fois le « problème » éradiqué qui sait qui viendrait prendre le relais ?


    LE STIQUE-MOU, NOTRE AMI

    Pour notre part, au jardin associatif de La Graine Indocile, notre solution face au moustique a été la même que pour tous les autres « nuisibles » : nous laissons la nature s'en occuper.

    Notre seule action a été, en 2010, de créer une mare naturelle sur le terrain. Aujourd'hui, ce plan d'eau entouré de hautes herbes, de tas de pierres et de jeunes arbres est devenu un habitat de choix pour une faune chaque année plus importante, parmi lesquels de nombreux mangeurs de moustiques.

    Car si ces derniers se reproduisent rapidement, c'est surtout parce que, naturellement, leur population est largement contrôlée par tous les prédateurs listés plus haut.

    Chaque année depuis sa création, cette mare naturelle qui borde le terrain s'enrichit de nouvelles espèces (et il va sans dire que cette population grandissante n'existerait pas dans un bassin régulièrement nettoyé à grands coups d'épuisette !).

    Alors pour qu'une larve de moustique atteigne l'âge adulte dans notre mare, il lui faut déjà survivre aux insectes aquatiques carnivores, aux grenouilles, aux poissons, aux oiseaux pêcheurs... Une fois adulte, il faut encore esquiver les toiles d'araignées et les libellules, puis les martinets et les chauve-souris qui chassent au-dessus, les lézards tapis dans les herbes... Autant vous dire qu'il n'y en a pas beaucoup pour venir nous piquer !

    Grâce à plusieurs autres petits points d'eau éparpillés sur le terrain, libellules et demoiselles osent s'aventurer assez loin de la mare pour chasser. Vers le centre du terrain, une seconde grande mare est en cours de creusage pour, entre autres raisons, multiplier les prédateurs dans les cultures et les zones où l'activité humaine est la plus importante.




    Bref, pardon de contredire toutes les campagnes officielles de prévention, mais à notre avis la solution simple et durablement efficace pour « contrôler » le moustique, c'est encore et toujours de favoriser la biodiversité partout où il se répand.

    Préservons les zones humides sauvage.
    Créons des mares, des abris, des nichoirs, des abreuvoirs...
    Et laissons la nature un peu tranquille !


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    Sources :
    - BROSSEAU Olivier, Rencontre avec les pollinisateurs, brochure du Ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie, février 2013.
    - CSPNB, Avis du CSPNB sur l'emploi du Bacillus thuringiensis isrealensis (BTi) dans la lutte de "confort" contre les moustiques "nuisants" et non vecteurs dans le Parc naturel régional de Camargue, novembre 2012, 4p.
    - Éradiquer tous les moustiques serait sans doute une très mauvaise idée [en ligne], Melissa Cronin, Motherboard [consulté le 29 septembre 2016]. http://motherboard.vice.com/fr/read/eradiquer-tous-les-moustiques-serait-sans-doute-une-tres-mauvaise-idee

    - Fiche technique sur le Bacillus thuringiensis variété isrealensis [en ligne], Santé Canada [consulté le 29 septembre 2016]. http://www.hc-sc.gc.ca/cps-spc/pubs/pest/_fact-fiche/bti/index-fra.php
    - Toxins in transgenic crop byproducts may affect headwater stream ecosystems [en ligne], PNAS [consulté le 29 septembre 2016]. http://www.pnas.org/content/104/41/16204.abstract
    - La nourriture du moustique [en ligne], Blog de l'ANAB [consulté le 29 septembre 2016]. http://naturealsacebossue.over-blog.com/2015/09/la-nourriture-du-moustique.html
    - Moustique [en ligne], Wikipédia [consulté le
    29 septembre 2016]. https://fr.wikipedia.org/wiki/Moustique
    - Biodiversité. Imaginez un monde sans moustique [en ligne], Janet Fang, Courrier International [consulté le
    29 septembre 2016]. http://www.courrierinternational.com/article/2010/12/09/imaginez-un-monde-sans-moustiques
    - Le cacaoyer et les cabosses du cacao [en ligne]
    , Michel Barel, Futura Planète [consulté le 29 septembre 2016]. http://www.futura-sciences.com/planete/dossiers/botanique-cacao-chocolat-epopee-gourmandise-1516/page/4/
    - Les moustiques [en ligne], Sciences de la Vie et de la Terre au Collège, Académie de Versailles [consulté le
    29 septembre 2016]. http://www.chambon.ac-versailles.fr/science/faune/zool/inv/moustiq.htm