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  • jeudi 31 mai 2018

    Monnaie Locale Complémentaire Citoyenne





    Peut-être avez-vous déjà entendu parler des monnaies locales complémentaires citoyennes (ou MLCC). Les plus connues sont peut-être celles de la Grèce qui les a mises en place dans certaines villes pour pallier à la crise économique, le WIR utilisé par les entreprises Suisses qui se protègent des variations économiques internationales grâce à leur monnaie locale, ou encore celle utilisée à Londres dans le quartier de Brixton par certains pour les achats du quotidien afin de recréer du lien entre les habitants et de soutenir l'économie locale suite à la crise économique de 2009. Mais en France aussi, il existe plusieurs monnaies locales en circulation. Voici quelques lignes pour y voir plus clair...et des vidéos en fin d'article !


    SYSTÈME MONÉTAIRE CLASSIQUE

    Pour bien comprendre l'intérêt d'une monnaie locale, il nous semble essentiel de revenir sur le système monétaire classique.

    L'économie réelle
    Nous connaissons tous les pièces, billets d'euros, chèques que l'on échange à la boulangerie par exemple, ou chez le coiffeur. Tous ces échanges commerciaux font partie de l'économie réelle, c'est à dire l'échange d'argent contre des biens et des services dans notre vie quotidienne. On considère que ces échanges créent de la richesse car l'argent est transformé en autre chose que de l'argent.

    L'économie financière
    Quant à l'économie financière, elle ne produit pas de richesse. Elle reste sur le marché financier et alimente la bourse, le marché des capitaux et des obligations, sert à financer les entreprises, les crédits, etc... Dans ce système, l'argent crée de l'argent. Nous sommes donc dans un système où la finalité est l'argent quand dans l'économie réelle, l'argent n'est qu'un moyen.

    Lien entre économie réelle et économie financière
    Il existe des ponts entre ces deux économies, bien entendu, puisque souvent, l'argent de la finance permet d'investir, via les banques ou la bourse, dans des entreprises qui créeront ensuite des biens ou des services... Mais ne nous leurrons pas, la part des entreprises familiales installées dans nos territoires et utilisant les circuits courts n'est pas la plus grande. Ce sont plutôt des multinationales qui contribuent à alimenter le système financier. Par définition, elles ont un but lucratif et souhaitent donc augmenter leurs bénéfices en privilégiant généralement les stratégies qui « coûtent » moins cher. Cela, malheureusement, bien souvent au détriment de l'éthique, de l'écologie ou encore de la solidarité... Difficile, une fois que l'argent est entré dans le circuit bancaire de savoir quels projets vont être financés (armement, projets dégradant l'environnement, projets amenuisant les ressources naturelles, projets impactant négativement les populations locales, etc.).

    Quand on regarde la proportion de ces deux économies, on peut s'attendre à un équilibre, et pourtant... Seuls 3% environ de l'économie représente l'économie réelle, contre 97% pour la sphère financière... Ces chiffres paraissent bien éloignés de notre quotidien. Lorsque l'on passe par la plupart des banques, il nous est quasiment impossible de savoir comment notre argent va être employé, et dans 97% des cas, il finira par se retrouver dans le circuit de la finance.

    La valeur des monnaies nationales
    Il est important aussi de savoir que c'est le marché financier qui définit la valeur des monnaies nationales, suivant différents critères telles la richesse d'un pays, mais aussi selon « la confiance » qu'ont les investisseurs dans cette monnaie. C'est ainsi qu'1 euro reste 1 euro à l'échelle locale, mais à l'échelle internationale, s'il y a « crise économique, », que l'indice de confiance dans la valeur de la monnaie chute, 1 euro, n'aura plus la même valeur : pour acheter un même bien produit à l'étranger, il faudra dépenser plus d'euros. C'est d'ailleurs suite à des crises économiques que des citoyens d'Angleterre et de Grèce ont développé des MLCC afin de relancer l'économie locale, de répondre aux besoins des citoyens, offrant localement une certaine stabilité dans un contexte économique international incertain.

    QUOI FAIRE ?

    Si l'on cherche à agir à son propre niveau, face aux grands traders, aux banques, on se sent parfois un peu démuni sans savoir vraiment quel moyen utiliser pour lutter contre cet état de fait.

    LA MONNAIE LOCALE COMPLÉMENTAIRE

    La monnaie locale complémentaire est une monnaie légale qui sert de dispositif d’échanges locaux de biens, de services et de savoirs. Elle est souvent gérée par une association et se limite à un territoire donné. Elle n'alimente donc pas la bourse, le placement dans des projets dont nous ne connaissons pas grand chose, ni la création virtuelle d'argent via les crédits. En effet, elle circule uniquement parmi les artisans, commerces, créateurs locaux qui sont adhérents au système. Son but étant de redynamiser l'économie locale, de lutter activement contre la finance et de défendre des valeurs citoyennes fortes.

    QUI L'UTILISE ET POURQUOI ?


    Le réseau des monnaies locales souhaite accueillir dans ses accepteurs, des acteurs engagés sur le territoire, qui ont des valeurs de solidarité envers l'économie locale (circuits-courts), un engagement écologique et des valeurs de partage et de lien social. Tous seront adhérents et les différents accepteurs sont des commerces, des artisans, des personnes exerçant des professions libérales, des gîtes ou chambres d'hôtes, des restaurants, des cafés, des associations, des épiceries, etc...
    L'idée étant que ces accepteurs, une fois la monnaie locale encaissée, s'approvisionnent chez des fournisseurs locaux qui l'utilisent aussi, lui permettant ainsi de continuer à circuler.
    Quant aux utilis'acteurs, tout le monde, en tant que citoyen, peut rejoindre l'association pour faire ses achats en monnaie locale et participer à son développement.

    Pourquoi ?
    En utilisant une MLCC pour les achats du quotidien, nous soutenons des acteurs de notre territoire. Nous savons ainsi que l'argent sera remis en circulation et qu'il alimentera exclusivement l'économie locale, sociale et solidaire. Il n'est pas un but en soi, il n'est qu'un moyen d'échange. Cette monnaie n'est pas utilisée dans un but spéculatif.
    Quand nous utilisons ce type de monnaie d'échange pour effectuer nos achats, nous affirmons notre autonomie face aux grandes banques et aux lobbies financiers. En échangeant des euros, nous contribuons activement à augmenter la part des 3% de l'économie réelle. Nous favorisons des circuits courts, contribuant ainsi à limiter le réchauffement climatique, nous sommes acteurs sur notre territoire en soutenant des artisans et commerçants engagés, et nous faisons partie d'un réseau grandissant de personnes pour qui ces valeurs sont importantes.
    Il est vrai qu'aujourd'hui encore, la part des monnaies locales ne représente pas un grand pourcentage des échanges monétaires et ne pèse pas encore très lourd dans la balance, mais nous avons espoir qu'avec le temps et l'implication de chacun, cela pourrait changer. Nous ne sommes plus seuls face aux géants de la finance qui semblent si loin de notre quotidien, nous sommes un + un + un +..., avec entre nos mains un outil pouvant faire la différence...

    LA CHARTE DES MONNAIES LOCALES

    Il existe une charte des monnaies locales complémentaires citoyennes que les associations signent. Cette charte permet de rassembler autour des valeurs communes les acteurs du réseau d'utilisateurs de ces monnaies et fixe un cadre pour leur mise en place. Cependant, sur de nombreux points, chaque région est libre d'adapter son système à la dynamique et aux désirs des personnes actives dans la création de la monnaie.

    La sociocratie
    Ainsi, chaque association est invitée à réfléchir à sa façon de prendre les décisions. Le vote à la majorité va certainement plus vite pour la prise de décision mais peut créer des frustrations pour les personnes qui n'approuvent pas le projet. Chacun est donc incité à utiliser le processus « sociocratique » où les décisions sont l’aboutissement d’échanges conduisant au consentement de l’ensemble des participants par levée progressive des objections.

    La monnaie fondante
    De même, certaines régions opteront pour une monnaie dite « fondante », c'est-à-dire qu'elle perdra régulièrement de sa valeur (tous les 3 ou 6 mois par exemple). Bien qu'elle nécessite une gestion bien particulière et peut parfois être vue comme une incitation à la consommation, l'objectif de ce dispositif est d'inciter les personnes à faire circuler la monnaie, et ne pas la thésauriser. En effet, il n'y a aucun intérêt à garder l'argent car il perd de la valeur s'il ne circule pas.

    La commission de reconversion
    Une commission de reconversion peut être définie, c'est à dire que l'association garde un pourcentage de la valeur dans le cadre d'un reconversion vers la monnaie nationale, cela afin d'inciter les personnes à garder et utiliser leur monnaie locale.

    Le choix de la banque
    Tout d'abord, il faut savoir que le choix de la banque a son importance. En effet, si l'association ouvre un compte dans une banque qui place ses fonds sur les marchés financiers, l'impact du projet serait amoindri. C'est pourquoi les banques éthiques sont privilégiées pour placer l'argent récolté. Grâce, notamment au travail des Amis de la Terre qui ont mené l'enquête sur l'impact environnemental et social de plusieurs banques, trois banques, en France sont souvent retenues en raison de leur engagement éthique car elles ne spéculent pas sur les marchés financiers, soutiennent l'économie locale et réelle ou font le choix de soutenir uniquement des projets solidaires. Elles affichent une transparence dans leurs transactions et définissent des critères précis pour le choix des projets qu'elles financent. Ce sont la Nef, le Crédit Coopératif et le Crédit Municipal.

    Bien entendu, chacune de ces banques a ses limites, c'est pourquoi chaque association choisit la banque qui accueillera ses euros récoltés appelé « fond de réserve » ou « fond de garantie », après avoir pesé le pour et le contre, en ayant conscience de l'éthique des différents organismes bancaires.

    De nombreux autres paramètres comme la valeur d'équivalence (le taux de change entre monnaie locale et monnaie nationale), le nom, l'aspect, la forme des comptoirs d'échanges (là où l'on peut échanger ses euros contre la monnaie locale), etc., sont autant d'autres points qui doivent être réfléchis et discutés localement pour trouver une monnaie qui conviendra le mieux à ceux qui l'utilisent.

    LE FOND DE RÉSERVE
    L'association a l'obligation de garder accessible à tout moment la trésorerie issue de la conversion de la monnaie locale en circulation, dans le cas où il faudrait massivement la reconvertir en euros. Elle ne peut pas être utilisée par l'association ou être placée sur des comptes où elle ne serait pas accessible immédiatement.
    La constitution de ce fond de réserve en euros assure aussi la confiance dans la monnaie complémentaire. En effet, la confiance généralement attribuée à l'euro bénéficie de fait à la monnaie locale. En particulier auprès des prestataires, qui l'acceptent en paiement. Ils savent que dans tous les cas, s'ils ne parviennent pas à la réutiliser faute d'accepteurs tiers, ils pourront toujours la reconvertir contre des euros auprès de l'Association. Euros dans lesquels ils gardent une solide confiance.

    CONCRÈTEMENT EN CORRÈZE, comment ça marche ?


    Depuis peu, chez la Graine Indocile, quand vous venez nous rencontrer, vous pouvez faire un don, adhérer, payer une formation, vos bières (de la brasserie bio et locale) ou vos t-shirts (en coton bio imprimés en France) en pélous, la monnaie locale du Limousin ! Après plusieurs années de réflexions, c'est en 2015 que l'association « le chemin limousin » a lancé et mis en circulation le pélou en Corrèze et Haute-Vienne.

    Comment échanger des euros en pélous ?
    Concrètement, pour devenir utilis'acteur, il suffit d'adhérer à l'association qui gère la monnaie locale, chez nous c'est le chemin limousin.
    Pour le change, rien de plus simple, 1 euro = 1 pélou. Il suffit d'aller rencontrer un des « comptoirs d'échange » qui change les euros en pélous. C'est une personne mobile ou un commerce engagé qui accepte d'offrir bénévolement de son temps pour faire le change. Ils sont référencés sur le site de l'association. Une fois ses pélous en poche, il est possible de les utiliser chez tous les accepteurs qui figurent dans l'annuaire régulièrement mis à jour sur le site internet du pélou.

    Convertir des pélous en euros ?
    Même si ce n'est pas l'objectif, il est possible de reconvertir ses pélous en euros. Cela se passe aussi auprès des comptoirs d'échanges. Le chemin limousin gardera une commission de reconversion de 2%. Ainsi, pour 10 pélous à convertir, je récupère 9,80 euros...

    LA MONNAIE, MAIS PAS QUE ÇA...

    Au-delà de l'aspect purement économique de cet outil, la mise en place des monnaies locales a pour but de transformer les rapports humains par des échanges qui redonnent un sentiment d'appartenance, c'est une aventure humaine et citoyenne très enrichissante qui enthousiasme les personnes adhérentes à ces systèmes. 
    L’existence de cette monnaie n'empêche par de continuer les échanges directs, la réutilisation, le troc, le don, etc. 

    De nombreux systèmes alternatifs à la monnaie se développent. Parmi eux, les « foires aux dons » ou « gratiférias » s'organisent dans les événements pour transformer les échanges marchands en partage et ainsi créer l'abondance par la circulation gratuite de choses dont on ne se sert plus. Un objet pourra donc avoir deux, trois, quatre vies ou plus.
    Les SEL (Système d’Échange Local) ou les JEU (Jardin d’Échange Universel) proposent de mettre en réseau des personnes ayant des compétences diverses et de favoriser l'échange direct, sans monnaie intermédiaire.
    Les trocs aux plantes, les fontaines aux livres ou les bourses aux graines sont aussi d'autres manières de créer l'abondance par le partage, l'échange ou le don.
    Il existe bien d'autres manières d'échanger, et plus nombreuses encore sont celles qui restent à inventer afin de créer le monde dont nous rêvons.

    De manière générale, il existe de multiples façons de "bien" faire. Ce principe cher à La Graine Indocile montre que plus nous développerons une diversité dans la manière d'échanger avec les autres, plus nos rapports seront résilients et stables. Si par exemple, nous utilisons en partie une monnaie locale, si nous sommes impliqués dans un SEL, que nous entretenons de bonnes relations avec notre voisinage avec lequel nous échangeons régulièrement des coups de main et que nous produisons une partie de ce dont nous avons besoin (énergie, alimentation, etc...), nous serons de fait moins impactés par une éventuelle crise de l'Euro...

    Voici quelques vidéos pour aller plus loin dans la compréhension des MLCC






    Sources et Liens internet


     Les illustrations sont tirées des sites : www.lecheminlimousin.org et http://fotomelia.com/

    2 commentaires:

    1. Bonjour,
      je vous remets mon commentaire Youtube :
      peut-être connaissez-vous SOS Maires d'Alexandre Boisson (https://sosmaires.org/) qui cherche à sensibiliser les maires des communes rurales à tendre vers l'autonomie globale (permaculture, économie, énergie...), je pense qu'il s'agit de l'une de vos préoccupations.
      À voir : https://www.youtube.com/watch?v=pRSKPRltL9g&t=392s

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