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  • vendredi 2 septembre 2016

    La permaculture est-elle viable économiquement ?

    CETTE question nous est régulièrement posée : à notre avis, la permaculture est viable économiquement ?
    Nous devons tout d'abord dire que la formule se mord un peu la queue, attendu que la création d'une permaculture, c'est-à-dire d'une culture soutenable, passe nécessairement par la mise en place d'une économie soutenable.

    Donc réponse courte : oui, nous pensons qu'une économie soutenable est viable économiquement !

    Comme pour tous les autres domaines (habitat, alimentation, énergies, etc.), la permaculture prône une économie respectueuse de tous les humains et de la planète dans son ensemble, une économie basée sur l'autonomie et l'entraide, et non sur l'épuisement des ressources et l'asservissement des peuples. D'un point de vue pratique, il s'agit de privilégier une économie de circuits courts et d'échanges directs, par exemple par le WWOOFing, la création de monnaies locales, de marchés de producteurs, d'AMAPs, le troc, le covoiturage...

    Mais bien souvent, la question cachée derrière la première est : peut-on vivre de la vente de produits générés par une ferme en permaculture ? Alors oui, de nombreux producteurs y parviennent. Leur production est généralement très variée pour un meilleur équilibre écosystémique et, par conséquent, un meilleur équilibre économique : face à un ravageur, une maladie ou une météo difficile, une ferme qui produit des fruits, des légumes, des œufs, de la viande, des champignons, du miel, des aliments transformés (bocaux), etc., ne perdra qu'une partie de ses revenus. Elle est ainsi beaucoup plus résiliente qu'un producteur en monoculture condamné à dépendre des indemnisations.
    Même s'il y a mille façons de faire, le plus gros du travail est généralement à fournir les premières années puisque l'idée est de créer un système quasiment autonome. Pour faciliter le démarrage, on peut solliciter l'aide de volontaires le temps de l'installation, par le biais de financements participatifs, de chantiers collectifs, grâce à l'échange avec des stagiaires, des WWOOFers, etc. La création d'un tel lieu peut obtenir le soutien de nombreuses personnes, en particulier si la dimension pédagogique est prise en compte, car de plus en plus de monde cherche à se former sur l'écohabitat, le jardin naturel, l'autonomie énergétique, les outils d'organisation collective, etc. Par la suite, la ferme demandera moins de travail et, à surface égale, produira plus qu'une ferme conventionnelle.

    Pour rester dans le domaine agricole, rappelons que l'agriculture communément pratiquée dans notre pays n'est pas du tout viable économiquement. De plus en plus dépendants des énergies fossiles, des pesticides, des engrais et des subventions, bon nombre d'agriculteurs s'en sortent à peine, tandis qu'une poignée de gens s'enrichissent à outrance : les banques bien sûr, les compagnies pétrolières, l'industrie phytosanitaire qui, au passage, brevète les semences, mais aussi quelques très gros céréaliers qui captent l'essentiel des subventions européennes.
    Il n'y a rien de viable là-dedans, et moins encore si l'on s'intéresse à l'ensemble du système : où et comment sont extraits et transformés les composants des produits chimiques et des machines ? Qui les fabrique et dans quelques conditions ? Quelle énergie est dépensée pour les fabriquer, les transporter, les stocker, et les utiliser ? Comment sont-ils recyclés ? Rappelons qu'en tenant compte de tous ces facteurs, l'agriculture industrielle dépense en moyenne quinze calories pour en produire une. L'un des objectifs principaux d'une production en permaculture étant d'inverser complètement cette tendance, elle devient forcément infiniment plus "viable".

    Une multitude de micro-fermes autonomes, cela signifie une multitude de petits producteurs, donc des créations de richesses et d'emplois localement, des circuits courts rendus solides par le tissage de réseaux et la création de monnaies locales...
    Il ne s'agit donc pas de remplacer des techniques polluantes et énergivores par des techniques écologiques, mais plutôt de remplacer un modèle inefficace par un qui fonctionne durablement.

    Rappelons au passage que dans une ferme en permaculture, les humains aussi tendent vers l'autonomie, ce qui passe nécessairement par l'adoption d'un mode de vie plus sobre, et donc vers un besoin d'argent de moins en moins important, grâce à l'autoproduction d'aliments, d'énergie, de matériaux de construction, voire d'outillage et de jeux, au recyclage (compost, phytoépuration, récupération...), mais aussi grâce à des moyens d'échange alternatifs ou à la simple entraide.

    Car, ne l'oublions pas, "faire de la permaculture" ou "être permaculteur" ne signifie pas nécessairement produire des fruits et légumes !
    De nos jours, beaucoup choisissent de devenir formateurs, conseillers ou designers, afin de promouvoir la permaculture en général, un domaine en particulier ou une technique bien précise.
    Nous constatons avec joie que la demande aussi croît sans cesse et il nous semble que, dans cette transition que nous vivons, c'est une bonne façon de partager ses connaissances et ses expériences tout en payant les factures.

    Il n'est donc même pas nécessaire de jardiner, surtout si l'on fait partie d'un collectif où l'on échange volontiers les productions, les ressources et le temps libre. Ainsi, des milliers de métiers peuvent être exercés en permaculture, que ce soit dans l'agriculture, l'enseignement, l'artisanat, la santé, l'urbanisme, les technologies, les sciences, etc.
    Pour chacun de ces domaines, il suffit de se demander comment pratiquer un métier qui prenne à la fois soin des humains et de la planète, tout en favorisant le partage.

    Fastoche, non ?

    7 commentaires:

    1. Salut, la question qui me vient : comment faire perdurer un système de protection sociale (sécu, alloc' éducation)qui est quand même très performant chez nous ( même si...) dont le financement repose entièrement sur l'économie destructrice ? Pouvoir se soigner, apprendre à lire , écrire, comment tout cela peut il être financé et surtout accessible à tous ( au plus démuni d'entre nous)? Une autre façon de poser la question : comment la permaculture (système) peut répondre aux exigences sociales sans les déléguer à un état, ou a un système économique destructeur qui subsisterait quelque part ?

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      1. Salut !

        Personnellement, je ne crois pas à l'idée de préserver ce qui fonctionne dans un système qui ne fonctionne pas. Surtout pour une question aussi controversée que la protection sociale. D'ailleurs un sujet qui divise tant la population est-il vraiment fonctionnel ?

        Un nouveau paradigme implique forcément une nouvelle conception de cet aspect aussi, non ? L'article évoque des circuits d'entraide pour l'installation agricole, mais il en est peu à peu de même pour les modes d'enseignement et les médecines alternatifs qui, en se développant, amènent une grande partie de la solution. Naturopathes, ostéo, sage-femmes, enseignants..., toutes ces professions qui n'impliquent pas de grosses machineries aux coûts démesurés peuvent facilement intégrer un réseau permacole... et c'est déjà un peu le cas !

        Pour la question des financements plus importants (hospitalisation, chirurgie, examens, recherche, etc.), diverses structures (assos caritatives et autres systèmes de dons, mutuelles solidaires...) prennent déjà le relai dans certains domaines, à plus forte raison puisque les aides de l'état en la matière tendent de toute façon à diminuer. Ces initiatives sont probablement critiquables, mais ce sont des outils disponibles et améliorables. Ils peuvent être "redesignés" à la sauce perma !

        C'est une transition (a priori de longue haleine) que nous amorçons. Si nous choisissons d'être les responsables du changement et de ne pas attendre qu'il arrive "par le haut", alors nous n'avons de toute façon que peu de prise sur le système de protection sociale en place, sa pérennité ou son effondrement. L'idée n'est pas non plus de dessiner un modèle idéal pour tous, une recette toute faite à appliquer dès demain. Nous pouvons par contre penser et mettre en œuvre une diversité de systèmes dont nous sommes les acteurs, créer petit à petit nos propres outils, que nous pouvons donc sans cesse améliorer et adapter à l'évolution globale de la société.

        NB : tout ceci est mon avis (pas complètement tranché ni très éclairé) sur le sujet. Je ne parle pas au nom de La Graine, encore moins des permaculteurs en général. Et je serais ravi de lire d'autres réactions !

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      2. Je cherche à comprendre. Merci pour ce développement...ça ne me satisfait pas mais y'a matière à réfléchir. c'est cool.
        L'article se termine par :" Pour chacun de ces domaines, il suffit de se demander comment pratiquer un métier qui prenne à la fois soin des humains et de la planète, tout en favorisant le partage."
        ça me fait penser au conseil national de la résistance qui a su tenir compte des hommes et du partage, mais qui peut être a oublié la planète....
        Ce que je crains c'est que l'exclusion augmente. Car il est beaucoup questions de compétences, d'intentions et d'éthiques. Et on est pas tous égaux !
        Ce n'est pas la permaculture qui en est responsable, bien sûr.
        Je crains que la permaculture ne sache pas aller récupérer les exclus.
        Dans ce que je lis, vois ou écoute, je ne trouve pas les éléments pour ça.
        Peut être je ne le reconnais pas car je ne comprend pas...

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      3. L'un des objectifs de l'Université Populaire de Permaculture est de former de plus en plus de formateurs pour répondre à une demande croissante et pour que les savoir-faire circulent. Par ailleurs, pour un certain nombre de permaculteurs, la volonté est forte de proposer des stages, formations, ateliers aux prix les plus bas possibles, voire gratuits, à prix libre ou en échange de services.

        Au delà de l'aspect financier, de plus en plus de projets se créent dans un but de partage intergénérationnel, mais aussi des jardins accessibles aux fauteuils roulants et que sais-je encore... Des milliers de solutions sont encore à inventer pour que chacun trouve sa place. Mais la permaculture est simplement une science et, disons une façon d'agir, ce n'est pas un dogme qui dira "contre l'exclusion nous allons agir comme-ci ou comme-ça", c'est à ceux qui veulent voir le changement de chercher les solutions ! A partir de là, si l'on souhaite réduire telle exclusion, nos actions la réduiront.

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    2. Pour acheter a télé, le téléphone, la moto, l'essence, le loyer, les fringues en coton qui s'abiment, l'éléctricité, les outils de bricolage électrique car les outils manuel ont disparu etc ... c'est sur que la permaculture "rends" trop peu et tans mieux

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    3. En principe en travaillant dans la nature, plus besoin de salle de sport, en plus en prenant l'air on est en meilleure santé. On mange mieux car on produit soi-même ses produits sans aucun produit chimique et de ce fait on tombe moins malade. Car si l'on prend Bayer qui dit "science for a better life" d'un côté et ses productions phytosanitaires de l'autre.. on ne peut que constater que cette firme s'en met plein les poches en vous rendant malade puis en vous vendant les médicaments pour guérir. Si à la base on supprime les produits phytosanitaires, on fait des économies, on diminue les risques de maladies et de ce fait on diminue le coût des soins médicaux. c'est tout bénéf : moins de subventions à payer aux agriculteurs qui vivent mieux de leurs productions, moins de dépenses CPAM donc moins de cotisations nécessaires. Enfin si une loi du pollueur payeur était mise en place pour les producteurs de morts (car c'est bien ce qu'ils font au final nous tuer à petit feu, mon avis personnel sur la question) Monsanto, Syngenta, Bayer, etc. devraient payer les dépenses médicales de tous les gens qu'ils ont intoxiqués, plus besoin de sécu, mutuelle, etc... Mon rêve que ces produits soient interdits et tous sans exception, sans possibilité d'en autoriser de nouveaux car à mon sens ils sont tous toxiques pour nous et pour la nature. La Nature se soigne plus facilement que nous, que ce soit après une éruption, un ouragan, feu... les plantes recolonisent les parties sinistrées en moins de temps qu’il ne faut pour le dire... Il n’y a qu’après les dévastations de l’homme qu’elle a du mal à se remettre, ça prend plus de temps. Nous avons un long chemin à parcourir et à mon niveau j'essaye d'apprendre à laisser la nature se débrouiller seule pour produire mes légumes. Pas de traitement, même pas la bouillie bordelaise, pas de soin. Juste semis, arrosage une fois tous les trois jours, mélange des cultures et observation. et quand ça marche je suis comme une enfant qui ouvre un cadeau à Noël! Je m’extasie de voir deux bourdons tenter de prélever le pollen dans la même fleur de courge… Peut-être faudrait-il inviter les gens en dépression a observer la nature un peu chaque jour pour prendre conscience de la beauté et la richesse qui nous entoure….

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