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  • lundi 27 février 2017

    La bourse-à-pasteur - Capsella bursa-pastoris (L.)


    LA capselle bourse-à-pasteur est une herbacée annuelle de la famille des Brassicacées, très répandue en Europe, qui pousse très rapidement et peut fleurir toute l'année.
    Elle forme d'abord une rosette basale (feuilles étalées en cercle sur le sol), puis une tige dressée et velue pouvant atteindre 50cm, qui portera des grappes de petites fleurs blanches et, enfin, de petits fruits triangulaires et aplatis.
    Certains attribuent l'origine du nom bourse-à-pasteur au fait que les bergers d'autrefois portaient une bourse en forme de cœur plat, semblable à ces fruits. D'autres insistent sur le fait que le fruit (plus précisément, il s'agit d'une silicule) est non seulement plat mais semble vide par ailleurs, comme l'était généralement la bourse d'un pasteur.

    Quant au nom du genre Capsella, il signifie petite boîte en latin, ce qui évoquerait là aussi la silicule contenant les graines.
    C'est d'ailleurs grâce à la forme de ces silicules que l'on peut aisément reconnaître le genre Capsella.

    SAVOUREUSE ET MÉDICINALE

    Toute la plante est comestible, mais ce sont surtout sa rosette et les jeunes feuilles de la tige qui sont intéressantes. Consommées en salade ou comme légumes cuisinés, leur saveur est proche du chou ou du cresson (selon les avis). Les fleurs sont sucrées, tandis que les fruits verts ont un goût de moutarde.
    En Chine et en Corée du Sud, la plante est cultivée comme légume. Au Japon, elle fait partie des sept plantes sauvages consommées traditionnellement lors d'une fête ancienne appelée nanakusa no sekku (fête des sept herbes).


    À gauche : rosette de Capsella bursa-pastoris
    À droite : feuille de la tige, fleurs et fruit.

    Par le passé, en Europe et sur tout le pourtour méditerranéen, C. bursa-pastoris a plutôt été reconnue pour ses qualités condimentaires (racine et graines) et surtout pour ses vertus hémostatiques (fait cesser les saignements). En effet, la hampe florale contient des substances astringentes (tanins) et antihémorragiques (vitamine K), efficaces pour soigner les coupures, traiter l'hypertension, l'hémophilie, les règles abondantes, la mauvaise circulation sanguine, les hémorroïdes, les varices, la diarrhée... en infusion ou en cataplasme. Pour ces mêmes raisons elle est fortement déconseillée aux femmes enceintes (propriétés abortives), aux personnes traitées contre l'hypertension, ayant des problèmes cardiaques ou thyroïdiens.
    Mais la bourse-à-pasteur contient d'autres substances intéressantes, notamment de la vitamine C, du potassium, du calcium et des flavonoïdes (antioxydants).

    Selon la théorie des signatures (très répandue en Europe jusqu'au XVIIIe siècle) qui déduit les propriétés médicinales d'une plante en observant sa forme, les fruits en forme de cœur de la bourse-à-pasteur pris en tisane auraient la vertu de soigner les chagrins d'amour !
    Nous ne vous souhaitons pas d'avoir à tester la chose mais, au cas où, c'est une petite poignée de fruits frais à infuser dans un demi-litre d'eau, et à boire pendant 8 jours...


    CONFUSIONS

    Il est vraiment intéressant de reconnaître C. bursa-pastoris en hiver car, comme bon nombre de salades sauvages, c'est au stade de rosette qu'elles sont le plus tendres et agréables en goût. Pour cela, un brin d'entraînement sera nécessaire ; en effet, on peut aisément confondre cette rosette avec celle du coquelicot. Au demeurant ce n'est pas bien grave, cette dernière étant tout aussi savoureuse...

    Silicule de la bourse-à-pasteur
    En période de floraison, une confusion est possible avec les tabourets du genre Thlaspi et avec la passerage des champs. Mais la forme des fruits est bien différente (voir photos).
    Plus rare, mais tout de même présente en France, l'espèce Capsella rubella appelée bourse-à-pasteur rougeâtre est reconnais­sable à ses fleurs teintées de rouge et un peu plus petites.


    Silicule Thlaspi arvense
    (tabouret des champs)

    Silicule de Lepidium campestre
    (passerage des champs)

    Inflorescence de Capsella rubella
    (bourse-à-pasteur rougeâtre)


    UNE COMPAGNE AU JARDIN

    Les graines de la bourse-à-pasteur sont très appréciées des oiseaux, et donc des poules.
    Quant aux fleurs, bien que capables de s'autoféconder, elles attirent divers pollinisateurs : chrysopes, abeilles sauvages, papillons, syrphes...


    Aphis craccivora
    (puceron noir de la luzerne)
    La plante peut aussi nourrir une grande quantité d'insectes considérés comme nuisibles aux cultures : de très nombreuses espèces de pucerons, des punaises, des chrysomèles, l'altise du chou, des charançons, des mouches mineuses, des cécidomyies (moucherons provoquant des galles), ainsi que les chenilles de l'aurore, de la piéride du chou et de certaines phalènes.
    Une telle énumération devrait inciter les jardiniers à éliminer au plus vite cette plante porte-malheur et son flot de menaces potentielles ; mais pour nous autres qui cherchons à accueillir une biodiversité toujours plus riche, le maximum d'espèces (« ravageurs » et « auxiliaires » confondus) pour un écosystème le plus équilibré possible, une telle plante est une aubaine !

    En effet, non seulement la présence de C. bursa-pastoris au jardin peut attirer les insectes précédemment cités (et par conséquent leurs prédateurs), mais elle en détournera une bonne partie de nos cultures.


    UNE PIONNIÈRE TOUT-TERRAIN

    En tant que Brassicacée, la bourse-à-pasteur peut pousser sur des terrains déstructurés et épuisés, sans besoin d'une vie fongique ou bactérienne dans le sol avec lesquelles développer des symbioses. C'est pourquoi bon nombre de Brassicacées (brocoli sauvage, fausse roquette, ravenelle...) sont généralement considérées comme des mauvaises herbes dont il est difficile de se débarrasser, d'autant qu'elles sont résistantes à certains herbicides (attention à la cueillette !).

    Son habitat naturel est une terre calcaire de vallée alluviale à fort contraste hydrique. Elle est ainsi très présente dans les jardins, les champs, les friches et les terres de remblais où le sol fortement compacté est tour à tour gorgé d'eau puis desséché. La vie aérobie (bactéries ayant besoin d'air) y est absente, ce qui entraîne un blocage du phosphore et du potassium.
    Comme toutes les Brassicacées, la bourse-à-pasteur est capable de débloquer ces éléments, c'est-à-dire de les assimiler et de les rendre disponibles aux autres plantes, tout en décompactant le sol à l'aide de sa racine pivotante.

    Considérée comme nuisible aux cultures pour toutes les raisons évoquées, elle fait en réalité partie de ces plantes qui peuvent commencer à régénérer les sols les plus maltraités.



    UNE PROTOCARNIVORE, C'EST-À-DIRE ?

    Dans les années 70, les biologistes Barber et Page de la Tulane University (Nouvelle-Orléans) ont réalisé une étude sur la graine de Capsella bursa-pastoris, afin de déterminer le potentiel des graines mucilagineuses dans le contrôle des larves de moustiques.


    Larves de moustiques Culex pipiens quinquefasciatus piégées par une graine de C. bursa-pastoris.

    Ils ont ainsi démontré que, lorsqu'on la plonge dans l'eau, la graine de bourse-à-pasteur sécrète un mucilage (sorte de gelée devenant visqueuse au contact de l'eau) contenant un appât chimique qui peut attirer de nombreuses larves de moustiques (jusqu'à 20 par graine), lesquelles se retrouvent rapidement piégées, leur brosse buccale collée au mucilage. Via celui-ci, la graine libère une toxine qui tue les larves, mais aussi des enzymes capables de transformer les protéines de ses proies en acides aminés, absorbés ensuite lors de la germination pour nourrir la plantule !
    Cependant, dans la nature, une graine enfouie dans le sol aura peu de chance de tomber sur une larve de moustique (purement aquatique) pour s'en nourrir ; aussi, d'autres études ont montré par la suite que la graine de C. bursa-pastoris peut aussi attirer, tuer et digérer des nématodes, des protozoaires et des bactéries.
    Ces dernières expériences étaient encore en cours lors des derniers écrits de Barber en 1978, et aucune étude plus récente ne semble avoir été publiée pour le moment.

    Ceci dit, c'est peut-être grâce à cette étonnante capacité que la bourse-à-pasteur peut pousser sur des sols pauvres en nutriments tout en partant de graines extrêmement petites (de l'ordre de 0,2mg), donc incapables de stocker de grandes réserves de nourriture.
    En 78, Barber se refuse toutefois à qualifier la bourse-à-pasteur de plante carnivore, car il n'a pas été prouvé qu'un spécimen nourri de protéines animales soit en meilleure santé qu'un autre privé de cette même nourriture.
    De nos jours, l'espèce demeure qualifiée de protocarnivore (ou paracarnivore), en attendant que les bénéfices tirés de cette nourriture par la plante soient quantifiés.


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