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  • jeudi 17 novembre 2016

    Un bon paillage vaut 235 arrosages (environ)

    CONNAISSEZ-VOUS ce dicton paysan : "un binage vaut deux arrosages" ? En effet, sur un sol travaillé et laissé à nu, mettre un coup de binette ou de houe permet de briser la croûte formée en surface par le soleil, le gel ou le battement de la pluie. Ainsi l'eau pénètre mieux et l'on arrose deux fois moins.

    Mais passer son été à biner pour arroser tous les deux jours au lieu de chaque jour, c'est tout de même beaucoup d'énergie dépensée ! Surtout quand une simple couverture du sol permet de ne presque plus arroser...


    PAILLER !

    Voilà pas mal d'années que nous vantons cette technique sans relâche, mais aucun article ne le détaillait dans ces pages. Alors allons-y !


    Un paillage conserve l'humidité dans le sol en limitant l'évaporation ; il protège la terre des brûlures du soleil, de l'érosion du vent, du tassement et du lessivage par les pluies battantes ; il limite la levée des herbes non-désirées ; et, s'il est organique, il nourrit le sol en se décomposant. Servant à la fois d'abri et de nourriture, il favorise aussi le développement de la vie souterraine qui aère, enrichit et structure le sol, attirant du même coup de nombreux prédateurs de toutes sortes, qui réguleront les populations d'éventuels ravageurs. Il est donc essentiel de ne jamais marcher sur une zone de culture pour préserver à tout prix cette vie du sol et ne pas détruire son travail de décompactage.


    Notons que, par habitude, nous utilisons le mot paillage comme un terme générique, synonyme de couverture du sol. D'aucuns préfèreront parler de paillage ou de paillis uniquement lorsqu'il s'agit de paille, et de couverture ou de mulch (anglicisme) pour les autres matériaux. Faites comme vous voulez !

    Bref, pour pailler ou mulcher, à peu près n'importe quelle matière organique est intéressante : feuilles, écorces et branchettes d'arbre, paille, laine, etc. Il est préférable d'utiliser des matières qui n'ont pas subi de traitement chimique, cela perturberait grandement la vie du sol et donc les plantations.

    Il est également possible d'utiliser des pierres ou des tuiles pour protéger le sol et le tenir au chaud. Indirectement, un couvert minéral nourrira tout de même le sol, grâce à l'activité des nombreux animaux qu'il abritera (cloportes, mille-pattes, araignées, perce-oreilles, staphylins, lézards, orvets...)


    Pour notre part, selon les cas, nous utilisons de la paille bio, le broyat résultant d'une taille d'arbre, du mulch forestier (feuilles mortes de chênes, de frênes...), ou encore tout ce que nous récupérons en débroussaillant, en taillant ou en désherbant. Les meilleurs matériaux sont en réalité ceux dont on dispose sur place ! Tous ont leurs avantages et inconvénients : plus ou moins faciles à utiliser, plus ou moins énergivores à produire, gratuits ou payants, plus ou moins résistants au vent...

    Nous avons déjà évoqué les différents mulchs utilisables dans l'article
    Qu'est-ce qu'une butte en permaculture ?


    Le meilleur exemple de l'efficacité du paillage est bien sûr celui fourni par la nature en forêt : régulièrement, les arbres perdent des feuilles, des brindilles, des branches qui couvrent tout le sol d'une épaisse litière où grouille la vie.

    Filaments de champignon dans la paille

    Ainsi, cette litière est peu à peu décomposée par les vers, les insectes, les champignons, les bactéries..., créant une couche d'humus extrêmement fertile et léger, que de nouveaux débris végétaux viennent recouvrir, etc., etc.
    Pour reproduire ce schéma sur un jardin, il suffit donc d'apporter un maximum de végétation et de la matière organique en décomposition, la seconde étant peu à peu produite par la première.


    DÉPAILLER ?

    D'aucuns recommandent de dépailler à telle ou telle période, généralement au printemps, afin que la terre se réchauffe plus vite. Cette stratégie est intéressante dans les régions où l'hiver est particulièrement rigoureux, mais attention aux gelées tardives qui pourraient fortement nuire à la vie du sol ! Pour notre part, nous faisons le choix de garder la vie du sol à l'abri en permanence, comme le fait la nature, donc nous ne laissons jamais nos zones dépaillées... sauf pour un semis direct de petites graines.

    La question revient souvent de savoir comment l'on peut semer lorsque le sol est couvert. En fait, il suffit généralement de regarder la taille de la graine : les grosses graines comme le maïs, le haricot ou la courge traversent 10cm de paillage sans problème (et même 20cm pour la fève). Par contre, pour semer en direct des carottes, radis, laitues, etc., on est forcé de dépailler le temps que ça pousse. On peut tout de même "saupoudrer" un paillage extrêmement léger qui ne gênera pas le semis et protègera un minimum le sol.

    On a un peu poussé la paille
    pour semer de la moutarde.


    L'ARROSAGE

    Au printemps, l'épaisseur de la couverture est donc assez variable. Il est même possible de rajouter de la matière régulièrement au fur et à mesure que les plantations poussent. Des arrosages plus ou moins réguliers sont donc nécessaires (en fonction des pluies), pour les jeunes semis et les plants nouvellement transplantés.
    Mais fin-juin début-juillet, lorsque la plupart des plantes potagères d'été ont bien grandi, nous rajoutons du paillage sur tout le potager jusqu'à atteindre, par exemple pour de la paille céréalière, au moins 20cm d'épaisseur. Et dès lors, nous n'arrosons plus le potager que toutes les 2 ou 3 semaines... s'il ne pleut pas, car s'il pleut régulièrement, nous n'arrosons plus de toute la saison !

    Précisons que ces arrosages peu fréquents sont, par contre, relativement abondants, à raison d'un arrosoir (15L) pour 3 ou 4 plantes, afin d'aider les racines à plonger profondément et à gagner en autonomie.

    En 2016, l'été exceptionnellement sec a nécessité que nous arrosions certaines zones tous les dix jours.

    Votre chien consomme trop d'eau ? Paillez-le !


    LE COMPOSTAGE DE SURFACE

    Un autre avantage important du paillage est que l'on peut aussi y enfouir de la matière organique fraîche, comme la tonte d'un chemin, la fauche d'un engrais vert ou du fumier. Ces matières riches en nutriments ainsi abritées se compostent directement aux pieds des cultures et nourrissent le sol, au lieu de sécher au soleil et de perdre une grande partie de leur richesse dans l'atmosphère.
    De la même manière, on peut enrichir son sol tout au long de l'année en déposant ses épluchures de cuisine çà et là sous le mulch.




    PATIENCE...

    Cette belle couverture humide offerte au sol contente un grand nombre de petits animaux, et parmi eux les limaces ! D'innombrables stratégies plus ou moins contraignantes sont alors mises en œuvre par les jardiniers-pailleurs, pour freiner, piéger, noyer les mollusques voraces.
    Là encore, nous faisons le choix de faire confiance à la nature.
    Car un sol couvert et riche de vie fait aussi le bonheur des carabes, des staphylins, des lézards, des rongeurs... qui, eux, savent parfaitement réguler les limaces, du moment qu'on les laisse faire.

    Pour en savoir plus sur le jardinage avec les limaces (plutôt que contre) :
    Des nuisibles ?
    Les carabes


    14 commentaires:

    1. Les limaces sont utile.elles mangent les plantes malades et faible mais surtout elles raffolent de champignons et avec un couvert permanent il y a en permanence des champignons...dont les spores ont besoin de passer dans leur estomac et intestins afin d être transporter et surtout pour pouvoir germer... ces même champignons et micorryses travaillent en symbiose avec les plantes ainsi que les bactéries les uns profitant des autres pour pousser, fructifier, se soigner.mais pour ça il ne faut surtout pas aller les déranger. ..elle n est pas belle la vie sous le paillis!?!

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      1. Oui !
        Nous aimerions développer un peu plus le sujet dans ces pages... Mais en attendant, amis lecteurs, ruez-vous donc sur cette conférence de M. Hervé Coves ! : https://youtu.be/DQ3Da73IGtw

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    2. Bonjour , pailler avec ce qu'on a ...roseaux , bruyère et sarments j'hésite encore ...quelqu'un aurrait il essayé. Certes il faut broyer , donc moins écolo . Beaucoup de sarments,et roseaux dispos qui seront bientot marchandisés comme granulés .
      Bonne faim d'année à tous ,pour tous et à la miss.

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    3. bonjour
      belle presentation
      moi j'ai du miscanthus broyé en 5cm à 10cm de long à 8€ le metre cube que pense tu de ce paillage et du prix car la paille de blé est plus chère et traitée dans ma region quelle est la durée de v ie d'un tel materiaux

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      1. Bonjour,
        Nous n'avons jamais vraiment utilisé le miscanthus, donc difficile d'en parler, mais ses vertus en paillage sont souvent vantées, entre autres pour sa capacité à retenir l'eau. En tout cas, en attendant de produire notre propre paillage, nous avons fait le même choix que toi : acheter un matériau produit localement, non-traité et pas trop cher. A chacun de voir ce qui lui convient...

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      2. Bonjour,
        Quelle chance ! J'habite dans l'est et je vous envie. Si j'en avais par un voisin, je l'utiliserai pour en faire du compost (en le mélangeant avec des déchets azotés tels que la tonte de gazon ou les épluchures de légumes) et pour pailler.
        N'hésitez pas à en profiter et si vous passez par Dieuze ...

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    4. Est ce que le paillage est recommandé là où il fait très chaud?
      A Ain-Defla c'est plus de 40 degrés durant deux mois

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      1. David, pour La Graine28 mars 2017 à 19:24

        Tout à fait ! Comme nous l'expliquons en début d'article, le paillage empêche que le soleil "brûle" le sol et il conserve l'humidité en limitant l'évaporation. La terre sera donc plus fraîche et abritera plus de vie.

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    5. Coucou!
      Heeeeey! Je découvre votre site, c'est un petit bijou! Merci pour vos articles que je me réjouis de dévorer (comme une limace :D).
      J'avais une question : je vis en Suisse aux abords d'une forêt, en me promenant ce matin à la recherche d'un mulch local je suis tombé sur un foisonnement d'écorce d'arbre récemment abbatu. L'écorce et fine et déjà facile à casser, pensez-vous que ce soit utilisable pour un mulch?
      Merci infiniment, l'équipe :D <3

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      1. David, pour La Graine6 avril 2017 à 16:37

        Salut !

        Oui l'écorce d'arbre peut constituer un très bon mulch relativement durable et nourrissant pour la faune et les champignons. Fais quand même gaffe si ce sont des conifères ; dans ce cas l'écorce fraîche est acide et contient des composés comme les terpènes qui inhibent la germination des autres plantes. Tu peux alors les laisser composter quelques temps avant de les utiliser, ou les utiliser au pieds des plantes qui apprécient un brin d'acidité (fraises, cassis...).

        Merci beaucoup pour tes encouragements !

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      2. Merci beaucoup pour votre réponse :D !! Très constructif! Plein de belles énergies et d'amour pour votre jardin :D <3 !! A pluuuus!

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      3. Bonjour,
        L'article semble ne traiter que du potager...
        Mais et pour le jardin?
        Nous venons d'acheter une maison (à 900m d'altitude dans le 04 sur une butte plutôt desséchée) avec un grand terrain à l'abandon sans rien dessus et de la terre nue dure et épaisse, argileuse, herbes sauvages, mousses sur la partie exposée au vent, quelques chênes... et pins (dans ce coin l'herbe est plus haute)
        On a débarqué en plein hiver et nous avons entrepris de transformer cela.
        Question que faire pour ce 1er printemps?
        Sur les parties «nues» on aimerait laisser pousser les herbes en pagaille au maximum.
        Mais pour cela il faut... arroser non?
        Et pailler à la fin de l'automne?
        Si on paille maintenant (sans arroser) les herbes pousseront-elles?
        Pour le moment nous avons commencé à arroser et tout revit et reverdit.
        À titre de comparaison là où nous habitions précédemment (Vaucluse et locataires) nous ne pouvions pas faire ce que nous voulions en terme d'arrosage : et sur l'esplanade devant la maison au printemps c'était vert et splendide mais dès les premiers rayons tout grillait forcément.
        Pour cette année le dilemne est le suivant : si on paille on aura de la paille et pas d'herbes et si on veut de l'herbe il faut arroser.
        Sachant, comme dit plus haut, au début de l'hiver on recouvre tout de paille ça c'est évident.
        Vos conseils devant cette situation seront les BIENVENUS
        (photo du terrain possible)
        Adrien

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    6. David, pour La Graine20 avril 2017 à 11:57

      Bonjour,

      Merci pour votre commentaire.

      L'un des grands intérêts des plantes sauvages est d'améliorer peu à peu un sol en mauvais état, sans qu'aucune intervention humaine ne soit nécessaire. Celles qui parviendront à pousser, quelque soit le sol, sont exactement celles dont il a besoin pour s'enrichir et se structurer. Si vous arrosez, vous favoriserez des plantes d'aspect plus "verdoyantes", mais gourmandes en eau.

      Pour notre part, nous préférons : soit laisser la nature accomplir son œuvre (même les terres les plus ingrates deviennent un jour des sols riches de vie et capables de retenir l'eau), soit recouvrir le sol d'un paillage pour accélérer le processus. Je vous encourage à faire le test avec une partie légèrement paillée et une partie couverte d'un gros mulch. Ce dernier empêchera effectivement la pousse des herbes pendant un temps, mais le sol s'enrichira et s'aèrera très vite ; les champignons s'installeront et stockeront de l'eau ; puis le mulch se décomposera et la flore sauvage prendra le dessus. Quant à un mulch plus léger, il n'empêchera pas les herbes d'arriver, mais il réduira la brûlure du soleil et fournira un début d'abri et de nourriture pour la microfaune, les bactéries... Et les herbes en séchant poursuivront le travail de protection, de décompactage, etc.

      Il est aussi possible de semer un engrais vert sous ce mulch léger. Cela demande un peu d'arrosage à l'implantation, mais vous obtiendrez peut-être plus facilement la "verdure" souhaitée.

      En espérant que cela vous aidera à faire votre choix !

      David, pour La Graine.

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      1. Bonjour,
        Merci pour votre réponse pleine de bon sens.
        Effectivement comme nous le disions plus haut à compter du début de l'hiver on va recouvrir tout cela de paille durant tout l'hiver, euh le long hiver, (la semaine passée -5 encore ... et cette semaine on devrait enchaîner avec un -3).
        Bref pour cette été on va composer.
        Ce qui est encourageant c'est que le champs sauvage devant la maison est recouvert d'herbes (jaunies de l'an dernier) de 25cm.
        MAIS c'est une partie plus humide que notre fin de butte au bout de laquelle on avoisine les 10/15cm de terre (pas plus) avant le grès...
        Cependant on a remarqué qu'en dehors du grillage il y avait de loin en loin de vieux tas d'herbe coupée et desséchée : vestiges de ravages de tondeuse des anciens propriétaires qui ont du contribuer à tuer la portion de terre clôturée à petit feu...
        Ce qui normalement sous entend que fut un temps il y avait de l'herbe... haute... dans cette parcelle close.
        Perso je trouve que cette solution d'engrais vert plus mulch léger est effectivement la meilleure...
        Merci
        À suivre.
        Adrien

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